Mon frère de Jamaica Kincaid, l’impuissance d’un homme face à sa condition

Mon frère de Jamaica Kincaid
Copyright : Éditions de L'Olivier

Le deuil est un thème récurrent en littérature car toute personne, quels que soient son âge, son genre, sa race, sa classe sociale, sa religion et ses origines, expérimente un jour cette épreuve singulière. Ainsi bien qu’un nombre incommensurable de textes explorent cette affliction, chacun d’entre eux demeure unique de par sa structure littéraire, son écriture et sa portée puisque le deuil est propre à tout être, différent en toute situation et relève de la sphère émotionnelle individuelle. Jamaica Kincaid, écrivaine antiguaise née en 1949, offre avec Mon frère, récit paru en France en 2000 au sein des éditions de L’Olivier, un texte à caractère autobiographique dans lequel elle traite de la mort de son plus petit frère, un trentenaire qui contracte le virus du SIDA au début des années 1990 à Antigua.

Cet ouvrage permet particulièrement à son auteure de se livrer à une introspection. Jamaica Kincaid passe son enfance sur l’île caribéenne, grandit dans une misère relative et reçoit un enseignement scolaire émanant du système d’éducation colonial britannique[1]. À seize ans, elle doit abandonner les cours pour aider à subvenir aux besoins de sa famille selon le bon vouloir de sa mère. En 1966, l’adolescente émigre vers les États-Unis où quelques années plus tard, ses nouvelles sont publiées par le magazine The New Yorker. Jamaica Kincaid ne retourne dans son pays natal qu’en 1986, soit vingt ans après son départ originel. Lorsqu’elle apprend la maladie de son frère qu’elle connaît peu, elle choisit exceptionnellement de se rendre à Antigua.

Jamaica Kincaid s’interroge de ce fait sur la difficulté de faire son deuil quand la relation entretenue avec l’être disparu est irrésolue. Pour tenter de répondre à cette question, l’écrivaine évoque sans langue de bois le tabou du SIDA, révèle le déficit sanitaire manifeste des infrastructures caribéennes et analyse les relations tumultueuses qui lient les différents membres de sa famille.

Un frère sidéen

Mon frère décrit le malaise d’une société quant aux personnes atteintes du SIDA. Décidée à briser le silence existant autour de cette maladie, Jamaica Kincaid note l’incrédulité et la négligence de son frère face à son pronostic, étudie avec minutie la dégénérescence de son corps fatigué et consigne les réactions hétérogènes de son entourage quant au devenir de cet homme, des sentiments qu’elle réprouve.

Le frère de Jamaica Kincaid apprend sa maladie dans sa trentième année. D’après sa sœur, jamais il n’aurait pu penser pouvoir attraper ce virus, « [riant] au nez » de sa frangine quand elle lui parle de préservatifs, « disant qu’il ne se procurerait jamais une telle bêtise ». L’écrivaine déplore son ignorance lui inspirant des attitudes irresponsables, et son scepticisme le conduisant dans un premier temps, malgré l’annonce de sa maladie, à continuer la pratique de rapports sexuels sans protection, pensant son diagnostic impossible. Son frère est d’une telle méfiance qu’il demande maintes fois à son médecin de lui refaire passer le test, certain d’avoir vaincu le virus VIH. Selon Jamaica Kincaid, les « gens d’Antigua », en particulier les hommes, contestent purement et simplement la notion de maladie sexuellement transmissible, provoquant des dommages irréparables. Des campagnes de sensibilisation sont pourtant menées à travers le pays, souvent en vain. Ce livre, paru dans son édition princeps en 1997, peut par conséquent être considéré comme un document visant à attirer l’attention du plus grand nombre sur ce fléau.

L’écrivaine transcrit ici avec méticulosité les symptômes de cette maladie. Elle offre une description détaillée des stigmates laissés par le virus sur le corps de son frère. Ce dernier voit progressivement son apparence physique décliner, se retrouve « aussi peu séduisant à voir qu’un cadavre mort depuis longtemps » – de la « peau parcheminée de ses bras et de ses jambes » à ses lèvres « écarlates et couvertes de petites plaies » aux « croûtes dorées », en passant par son pénis renvoyant l’image d’une « cigarette russe oubliée dans le four trop longtemps ».

When I first saw him, his entire mouth and tongue, all the way to the back of the inside of his mouth, down his gullet, was paved with a white coat of thrush.[2]
La première fois que je l’ai vu, sa bouche entière et sa langue, tout l’intérieur de sa bouche jusqu’au fond, jusqu’à son gosier, étaient recouverts d’une couche blanche par le muguet.

[…] and his penis looked like a bruised flower that had been cut short on the stem; it was covered with sores and on the sores was a white substance, almost creamy, almost floury, a fungus.
[…] et son pénis avait l’air d’une fleur meurtrie qu’on avait coupée court sur sa tige, il était couvert de plaies et sur les plaies il y avait une substance blanche, presque crémeuse, presque farineuse, un champignon.

Jamaica Kincaid décrypte surtout le comportement changeant des proches de son frère vis-à-vis de lui. Jamais « aucun de ses amis ne vint dans sa chambre lui rendre visite ». Certains le dévisagent au loin comme s’il était la preuve vivante de l’existence du SIDA. Sa séropositivité suscite une « profonde réprobation sociale » ; elle est associée à la honte. Jamaica Kincaid n’est pas en mesure d’établir la façon dont son frère contracte le virus : elle le sait grand consommateur de drogues, lui connaît une pluralité de partenaires. Elle apprend aussi une possible homosexualité réfrénée car « les gens d’Antigua ne sont pas particulièrement homophobes mais […] ont vite fait de décrier tous ceux et tout ce qui diffère de ce qu’ils considèrent comme normal. Or ils se considèrent eux-mêmes et les choses qu’ils font comme normaux : cela comporte qu’un homme et une femme fassent l’amour ensemble. » Il existe à Antigua un réel malaise autour du SIDA, autour nommément de l’homosexualité, d’autant plus dans les années 1990.

This disease, in Antigua, produces all the prejudices in people that it produces elsewhere, and so like many other places, the people afflicted with it and their families are ashamed to make their suffering known.
Cette maladie, à Antigua, produit chez les gens tous les préjugés qu’elle produit ailleurs et donc, comme dans bien d’autres endroits, les gens qui en sont affligés et leur famille ont honte de faire connaître leurs souffrances.

Ce frère « raconté » par la voix de son aînée est contemplé de sa naissance à sa mort, avec une ellipse couvrant la majeure partie de sa vie correspondant à l’absence de Jamaica Kincaid dans son existence. De ce frère inconnu il ne reste rien, pas même un citronnier planté regrette l’auteure de Mon frère, une réalisation la plongeant dans une certaine détresse. Son travail de deuil passe alors par l’écriture, par l’exposé d’une situation immuable.

Un déficit sanitaire antiguais

Au sein de ce texte, Jamaica Kincaid témoigne de la situation sanitaire à Antigua. Elle fait d’abord part de ses observations concernant l’hôpital qui accueille son frère mourant, puis explique les décisions gouvernementales du pays quant à la répartition des subventions dans le domaine de la santé, concluant de la sorte sur l’impuissance des sidéens face à leur condition de personnes agonisant dans la souffrance.

L’écrivaine est volontiers exhaustive dans la description de l’infrastructure qui accueille son frère. Devon est admis dans un « hôpital mal équipé », un « hôpital épouvantable » où « seuls les gens qui n’ont pas les moyens de s’offrir autre chose en sont les patients ». Il s’agit d’un lieu où peu est mis en œuvre pour réellement « soigner » les malades, particulièrement ceux ayant contracté le virus du SIDA. La qualité du traitement offert au patient dans cet établissement dépend en effet de la maladie dont il souffre. En tant que sidéen, le frère de Jamaica Kincaid est complètement relégué au rang des condamnés. Il vit une profonde discrimination à cause de sa maladie : il est isolé dans une « chambre sale », au sol de linoléum « maculé de taches de rouille », au mobilier « couvert d’une épaisse couche de saleté », au plafond menu d’un ventilateur dont les pales ne sont pas nettoyées et relâchent de « gros moutons ».

L’île d’Antigua ne dispose pas de suffisamment de moyens pour garantir un niveau de soin optimal à tout individu. Il semblerait de ce fait que les dépenses budgétaires ne doivent pas servir à aider les personnes affectées du SIDA ni toute personne dont la maladie est jugée incurable : leur apporter un quelconque soulagement reviendrait à payer trop cher un remède aux résultats limités.

It is felt in general, so I am told, that since there is no cure for AIDS it is useless to spend money on a medicine that will only slow the progress of the disease; the afflicted will die no matter what; there are limited resources to be spent on health care and these should be spent where they will do some good, not where it is known that the outcome is death.
Le sentiment général, me dit-on, est que, puisqu’il n’existe pas de remède capable de guérir le sida, il est inutile de dépenser de l’argent pour un médicament qui ne fait que ralentir les progrès de la maladie ; ceux qui en sont atteints mourront quoi qu’il arrive, les ressources disponibles pour les dépenses de santé sont limitées et mieux vaut les consacrer à ce qui fera du bien plutôt qu’à un domaine où l’on sait que le résultat sera la mort.

Ces différentes entraves aux soins contraignent Jamaica Kincaid à rechercher de l’aide médicale dans son pays d’adoption. La gestion de l’hôpital à Antigua est telle que les proches des patients doivent eux-même apporter des médicaments pour « soigner » tant bien que mal l’être estimé. Aux États-Unis, selon Jamaica Kincaid, beaucoup se plaignent du coût des factures médicales. L’écrivaine insiste ici sur le fait qu’à Antigua, la situation est encore à des années-lumière de cela : le patient doit avoir suffisamment de ressources pour ne serait-ce qu’accéder à un médicament. Si le frère sidéen de l’auteure profite du médicament AZT pour soulager ses douleurs, ce n’est que par l’intervention de sa sœur. L’écrivaine utilise alors les figures de style de la répétition et de la comparaison pour respectivement accentuer son propos et dénoncer le manque d’attention du gouvernement aux personnes souffrantes. Elle illustre par ailleurs un certain cercle vicieux : un médecin de l’île pourrait prescrire le médicament à son patient, mais l’ordonnance ne pourrait pas être exécutée par un pharmacien, les hôpitaux antiguais n’auraient pas les moyens de s’en procurer… et combien même ces obstacles seraient dépassés, l’AZT resterait hors de prix pour la population insulaire. Jamaica Kincaid compare ici les sidéens à des enfants, « définitions de la vulnérabilité et de l’impuissance ».

But it was not racism that made my brother lie dying of an incurable disease in a hospital in the country in which he was born; it was the sheer accident of life, it was his own fault, his not caring about himself and his not being able to carefully weigh and adjust to and accept the to-and-fro of life, the feasting and the famine of life or the times in between, it was the fact that he lived in a place in which a government, made up of people with his own complexion, his own race, was corrupt and did not care whether he or other people like him lived or died.
Mais ce n’était pas le racisme qui avait fait que mon frère était couché à mourir d’une maladie incurable dans un hôpital du pays où il était né ; c’était un pur accident de la vie, c’était sa propre faute, l’absence de soin qu’il avait pris de lui-même, son incapacité à peser soigneusement et à accepter pour s’y adapter le ça va ça vient de la vie, le festin et la famine de la vie, les périodes intermédiaires, c’était le fait qu’il vivait en un lieu où le gouvernement, composé de gens de son propre teint, de sa propre race, était corrompu et ne se souciait pas que lui ou d’autres gens comme lui vivent ou meurent.

Ainsi pour l’auteure, bien que son frère soit responsable de sa situation, il aurait dû bénéficier d’un meilleur accueil. Le lecteur peut sentir ici toute l’ambivalence des sentiments de Jamaica Kincaid vis-à-vis de l’homme dont elle condamne le comportement mais pour lequel elle aspire à plus d’humanité. Il est d’autant plus difficile pour elle d’accompagner quotidiennement son frère dans son combat qu’elle a aussi une vie aux États-Unis avec « [sa] propre famille », une famille loin de celle-ci, un mari et deux enfants qui la soutiennent vraiment contrairement à cette famille antiguaise qu’elle ne reconnaît pas.

Des relations familiales distendues

Mon frère donne l’opportunité à Jamaica Kincaid de revenir sur ses relations familiales elliptiques, notamment le peu de lien qu’elle entretient avec sa mère, une femme d’une complexité sans pareille. Elle propose ainsi une entrée dans le quotidien de cette famille recomposée, se remémore son besoin d’émancipation des siens et révèle son incapacité à faire le deuil de ce frère qu’elle a si peu connu.

Jamaica Kincaid est le premier enfant de sa mère, l’unique fille, la seule née d’une relation amoureuse écourtée. Ses trois jeunes frères, Joe, Dalma et Devon, sont les fruits de l’union de sa mère avec un menuisier. Ils ont respectivement neuf, onze et treize ans d’écart avec Jamaica Kincaid. L’écrivaine joue ici expressément sur les pronoms relatifs qu’elle emploie pour confesser l’ambiguïté de ses sentiments – des sentiments versatiles – envers ses frères. Elle les considère d’ailleurs bien souvent comme « les enfants de [sa] mère » et pas comme ses semblables.

L’arrivée du dernier-né de la fratrie en 1962 bouscule les relations que Jamaica Kincaid a jusque-là avec sa mère, une femme qui désormais « [se querelle] avec tout le monde tout le temps ». Devon représente en outre une nouvelle bouche à nourrir pour un foyer dont les revenus n’ont pas augmenté. Jamaica Kincaid est subséquemment retirée du système scolaire pour aider à subvenir aux besoins des siens. Puis la jeune femme est envoyée aux États-Unis par sa mère, cette dernière espérant ainsi disposer d’une nouvelle ressource financière par le biais de sa fille. Mais quand Jamaica Kincaid refuse de donner son salaire à sa génitrice, leur relation s’en retrouve définitivement ébranlée. Jamaica Kincaid ne retournera à Antigua que vingt ans plus tard. Née Elaine Cynthia Potter Richardson, l’écrivaine adopte en 1973 son nom de plume en totale rupture avec son passé, avec la volonté que sa mère ne sache pas qu’elle écrit des textes à caractère autobiographique, avec l’envie aussi d’affirmer son héritage de femme caribéenne (Jamaica faisant référence à la Jamaïque).

Du départ de Jamaica Kincaid de son île natale avant l’âge adulte résulte sa méconnaissance véritable de la vie de ses frères, surtout de celle du plus jeune ; Devon a seulement trois ans quand elle quitte le domicile familial, il en a vingt-et-un la première fois qu’ils se revoient. L’écrivaine traduit littérairement cette insuffisance en ne mentionnant le prénom de son frère pour la première fois qu’en milieu d’ouvrage : son « identité » est inconnue avant sa mort, seulement révélée par son décès. Le virus du SIDA contracté permet en quelque sorte aux deux êtres de cultiver un lien, bien que les sentiments restent encore incertains, d’où l’arduité pour Jamaica Kincaid de faire son deuil au moment venu.

I did not love him. What I felt might have been love, but I still, even now, would not call it so.
Je ne l’aimais pas. Ce que j’éprouvais était peut-être de l’amour, mais n’empêche, même maintenant, je ne l’appellerais pas ainsi.

Dans le même temps, Jamaica Kincaid s’interroge sur les raisons de cette situation singulière. Mon frère permet de la sorte à son auteure de mener une réflexion sur elle-même car son affranchissement lui a assurément coûté de meilleurs rapports avec les siens. Le style d’écriture de l’essayiste témoigne de l’ébranlement de son être quant à la question familiale. Elle propose en ce texte des phrases longues, d’une prolixité équivoque, au rythme vif insufflé par des virgules successives. Nombreuses sont aussi les parenthèses digressives narrant un épisode passé de sa vie antiguaise et les répétitions permettant d’appréhender les relations entre chaque membre de cette famille atypique, des relations où violence et transgression semblent quotidiennes. Jamaica Kincaid plonge enfin son lecteur dans des considérations hypothétiques.

And I began again to wonder what his life must be like for him, and to wonder what my own life would have been like if I had not been so cold and ruthless in regard to my own family, acting only in favor of myself when I was a young woman.
Et je me suis remise à me demander ce à quoi sa vie pouvait bien ressembler pour lui, et à me demander ce à quoi ma propre vie aurait ressemblé si je n’avais pas été si froide et si impitoyable vis-à-vis de ma propre famille, agissant seulement dans mon propre intérêt, quand j’étais une jeune femme.

Il semblerait ici que seul l’acte de poser des mots sur cette mort prématurée apporte un quelconque soulagement à l’écrivaine, tel un pansement étriqué sur une blessure encore béante.

Un retour au pays natal tourmenté

Jamaica Kincaid dénonce en somme avec Mon frère l’incommodité du SIDA pour tous. Elle traite spécifiquement de l’indifférence de l’État, de l’impuissance des Antiguais quant à la question sanitaire antillaise, et du regard d’autrui sur la maladie de son frère. Cette œuvre est de surcroît le manifeste de ses relations tortueuses avec ses proches. Le lecteur est témoin du lourd passif familial de l’écrivaine, de disputes fréquentes, d’échanges fougueux et effervescents, d’une aversion véritable des quatre enfants pour leur mère dite « méchante ». Ce livre au regard franc voire dur montre surtout l’exclusion sociale d’un homme à cause de sa condition.

Jamaica Kincaid s’exprime par ailleurs sur son exil salvateur. Partir lui a sans doute permis de s’affirmer, de se créer des opportunités. Écrire l’a comblée, a été un moyen de canaliser sa peine et de guérir de situations qu’elle ne peut changer.

I became a writer out of desperation, so when I first heard my brother was dying I was familiar with the act of saving myself: I would write about him. I would write about his dying. When I was young, younger than I am now, I started to write about my own life and I came to see that this act saved my life. When I heard about my brother’s illness and his dying, I knew, instinctively, that to understand it, or to make an attempt at understanding his dying, and not to die with him, I would write about it.
Je suis devenue écrivain par désespoir, de sorte que quand j’appris que mon frère était mourant, j’étais familiarisée avec l’acte qui me sauverait : j’écrirais à son sujet. J’écrirais au sujet de sa mort. Quand j’étais jeune, plus jeune que je ne le suis maintenant, j’ai commencé à écrire au sujet de ma propre vie et j’en suis venue à voir que cet acte m’avait sauvé la vie. Quand j’ai appris que mon frère était malade et qu’il allait mourir, j’ai su, instinctivement, que pour le comprendre, ou pour tenter de comprendre sa mort, et pour ne pas mourir avec lui, j’écrirais à ce sujet.

À noter ici que les traducteurs de My Brother pour les éditions de L’Olivier, Jean-Pierre Carasso et Jacqueline Huet, ont fait le choix, en ce qui concerne le créole antiguais, de le retranscrire en « français » par un langage dérivé du créole guadeloupéen grâce à l’aide de Marie-Claude Mapaula, traductrice littéraire travaillant essentiellement avec l’École des loisirs. L’idée ici est de donner à lire une langue qui soit intelligible pour tout francophone. Cette entreprise est néanmoins est à double tranchant : cette « nouvelle langue » se rapproche du français sans en être, et le créole guadeloupéen dont elle s’inspire est déformé voire « francisé » car son orthographe n’est pas respectée et son vocabulaire assimilé d’autant plus à celui de la langue française. À titre d’exemples, mwen devient ici « moi », an devient « en », vlé devient « voulé », ni devient « na » ou « né »… donnant des tournures de phrases insolites pour le lecteur créolophone comme « En’pa voulé i né butin à moi » (An pa vlé i ni biten an mwen). De ce point de vue, la lecture du texte original de Jamaica Kincaid permet de mieux appréhender le travail sur la langue et l’écriture.

Notes    [ + ]

  1. L’île d’Antigua acquiert son indépendance de l’Angleterre en 1981.
  2. Toutes les citations en langue anglaise de cette chronique sont issues du texte original de Jamaica Kincaid pour l’édition de My Brother parue chez Farrar, Straus and Giroux. La version française de ces citations est la traduction offerte par Jean-Paul Carasso et Jacqueline Huet au sein de Mon frère, ouvrage de la collection « Littérature étrangère » des éditions de L’Olivier.

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