Love Story à l’iranienne de Jane Deuxard et Deloupy, des témoignages poignants

Love story à l'irannienne de Jane Deuxard et Deloupy
Copyright : Delcourt / Mirages

Love story à l’iranienne est un roman graphique de Jane Deuxard et Deloupy paru au mois de janvier 2016 dans la collection « Mirages » des éditions Delcourt.

Jane Deuxard est le pseudonyme d’un couple de journalistes indépendants. Ce sont une femme et un homme qui se rendent de façon clandestine en Iran pour enquêter sur la vie des locaux. Cet anonymat leur permet de recueillir des témoignages poignants en toute discrétion, d’éviter la censure et de se protéger du gouvernement iranien qui pourrait les arrêter, les mettre en prison ou pire encore. Ils s’allient à l’illustrateur Deloupy pour offrir cette bande dessinée dont la portée est inestimable.

Love story à l’iranienne donne un aperçu des difficultés que rencontrent les Iraniens dans leur vie de tous les jours.

Quand l’amour est à l’épreuve…

Love story à l’iranienne est un recueil bouleversant de témoignages en images. La bande dessinée propose des portraits de femmes et d’hommes iraniens âgés de vingt à trente ans. Ces personnes proviennent de tous les milieux sociaux et vivent dans différentes régions du pays, ce qui permet un regard sur le ressenti global de la jeunesse iranienne. Ces personnes décrivent leur quotidien, la politique du pays telle qu’elles la perçoivent et leur incapacité à avoir une relation amoureuse au sein de cette société pleine de contradictions.

En Iran, les hommes et les femmes ne peuvent pas converser librement dans les espaces publics à moins qu’ils aient un quelconque lien de parenté. Le seul endroit où les jeunes peuvent donc se rencontrer sans être surveillés est l’université. Selon Jamileh, une Iranienne de vingt-neuf ans originaire de Chiraz, c’est la raison pour laquelle les jeunes se ruent vers ces structures d’enseignement. En restant à la maison, « on choisit [ton conjoint] pour toi ».

Selon cet ouvrage, le mariage arrangé est encore une pratique courante dans les familles iraniennes. Ainsi, selon la tradition, la mère d’une femme est approchée par la future belle-famille afin de convenir d’une rencontre entre les deux jeunes. Après cette première visite, si la famille de l’homme est encore intéressée, elle passe un coup de fil à celle de la femme pour obtenir les faveurs du père quant à une éventuelle fréquentation des deux prétendants. Au bout d’un mois ou deux, on marie les deux êtres.

Il n’est pas rare non plus, si l’on en croit le scénario de Jane Deuxard, que malgré le fait qu’un jeune soit tombé amoureux, ses parents continuent d’exercer une certaine pression sur lui pour qu’il rencontre de potentielles futures épouses. Dans ces conditions, l’amour a peu de chances, l’amour fait partie de la loterie. Les jeunes doivent souvent apprendre à aimer leur conjoint. Le mariage ressemble à une transaction financière. L’homme doit être en mesure de subvenir aux besoins de sa femme : il doit avoir une situation professionnelle stable et posséder un certain nombre de biens matériels (une voiture, un appartement, etc.) s’il veut espérer pouvoir se marier.

Aucun jeune ne peut disposer de son corps comme il l’entend, tant qu’il n’est pas marié ; la virginité apparaît comme un sujet sensible. Traditionnellement, la femme ne doit pas avoir eu de relations sexuelles avant son mariage. Il est même courant que les belles-familles exigent un test de virginité. Le lecteur apprend ici que les reconstitutions de l’hymen sont de plus en plus nombreuses, bien que cette opération ait un coût élevé.

Il existe en outre d’autres règles en vigueur en matière de liberté d’expression et de droit à l’information. La musique est bannie du domaine public en Iran, sauf si elle est religieuse. Les instruments sont interdits et la télévision n’en montre jamais. La censure est également très courante : via Internet, l’accès à des chaînes étrangères est difficile et seulement possible au moyen d’un proxy. La télévision par satellite est également interdite depuis 1994 bien qu’environ 70% des familles iraniennes possèdent une parabole.

Love story à l’iranienne lève ainsi le voile sur les conditions des jeunes Iraniens. Le régime et la société dans lesquels ils évoluent représentent un véritable challenge aussi bien pour les femmes que pour les hommes. Trois problématiques sont ainsi soulevées : « Comment les jeunes se rencontrent-ils dans cette société qui ne l’autorise pas ? », « Comment font-ils pour flirter, jouir de leur jeunesse et construire leur avenir ? » et « Comment choisissent-ils leur femme ou leur mari ? » Certaines des personnes rencontrées par Jane Deuxard sont optimistes quant à l’évolution des mœurs de ce pays du Moyen-Orient, mais il y a aussi une pluralité de regards tristes déchirants.

L’enquête menée par Jane Deuxard

Les journalistes étrangers ne sont pas les bienvenus en Iran, une situation qui s’est retrouvée d’autant plus dégradée en 2009 avec les manifestations qui ont suivi la réélection à la présidence de Mahmoud Ahmadinejad[1]. Le résultat de ce vote est lourdement contesté par les autres candidats, par nombre de pays dans le monde entier et surtout par la population iranienne, ce qui donne lieu à des violences conséquentes, notamment dans la ville de Téhéran, capitale de l’Iran.

Alors quand le couple formé par Jane Deuxard arrive dans ce pays, il doit absolument se camoufler pour se noyer dans la masse. La femme adopte le voile – qui est obligatoire pour toutes les femmes dans les espaces publics du pays – ainsi que le manteau trois-quarts. Aussi, comme susmentionné, les hommes et les femmes n’ont pas le droit de se fréquenter dans l’espace public s’ils ne sont pas mariés ou n’ont pas de liens de parenté. Le binôme d’enquêteurs se fait donc passer pour des époux, portant à longueur de journée des bagues aux doigts, de fausses alliances. Sans ça, ils ne pourraient pas, par exemple, louer une chambre d’hôtel ou marcher librement dans les artères de la ville.

Les patrouilles de police étant omniprésentes dans les rues iraniennes, le couple préfère toujours couper court à leurs interrogations pendant leur passage, pour ne pas paraître suspects. Cela mettrait en danger les Iraniens qui acceptent de témoigner, et pourrait aussi couper court à leur voyage. Love story à l’iranienne expose ainsi les résultats d’une enquête réalisée sous haute tension. Les conditions dans lesquelles le duo Jane Deuxard évolue en Iran sont difficiles ; malgré tout, ce couple s’arme de courage chaque jour pour « libérer la parole des Iraniens ».

La mise au péril d’une idylle

Ci-dessous, un extrait du témoignage de Gila et Mila, deux jeunes qui tentent de vivre leur histoire malgré la pression de leurs familles respectives.

Love story à l'iranienne de Jane Deuxard et Deloupy

Love story à l'iranienne de Jane Deuxard et Deloupy

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Love story à l'iranienne de Jane Deuxard et Deloupy

Notes    [ + ]

  1. La page Wikipedia consacrée à l’élection présidentielle iranienne de 2009 est riche en informations à ce sujet. URL : https://fr.wikipedia.org/wiki/Élection_présidentielle_iranienne_de_2009

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