Girl In Translation de Jean Kwok, l’aspiration des migrants à une vie meilleure

Girl in Translation de Jean Kwok
Copyright : Riverhead Books

Girl in Translation est le premier roman de Jean Kwok. Il paraît dans son édition princeps au mois d’avril 2010 chez Riverhead Books.

Jean Kwok est une écrivaine de nationalités chinoise et états-unienne. Elle naît à Hong Kong et, avec sa famille, émigre vers les États-Unis alors qu’elle n’a que cinq ans. Elle a passé une partie de son enfance et adolescence à travailler dans une usine de fabrication de vêtements située dans le quartier de Chinatown à New York, dans le but d’aider ses parents à subvenir aux besoins de leur foyer[1].

Forte de cette expérience singulière, Jean Kwok travaille d’arrache-pied pour parvenir à s’inscrire à l’université. À un stade de son parcours scolaire, elle jongle avec quatre jobs différents pour parvenir à financer ses études. Aujourd’hui diplômée de Harvard avec les honneurs et titulaire d’une maîtrise en fiction de l’université de Columbia, Jean Kwok vit au Pays-Bas avec son mari et leurs deux garçons.

L’écrivaine s’inspire de sa vie personnelle pour composer l’univers de Girl in Translation. Elle invite ainsi ses lecteurs à découvrir le quotidien des immigrés sino-américains.

Survivre malgré la pauvreté

À l’image de Jean Kwok et sa famille, Kimberly Chang et sa mère quittent Hong Kong pour s’installer à New York. Cette entrée aux États-Unis représente pour elles une concrétisation du « rêve américain » : une vie « en grand » envisageable, un champ des possibilités décuplé, un cadre imprenable sur la ville new-yorkaise… Mais seulement quelque temps après leur arrivée, les deux femmes connaissent une désillusion totale.

Kim et Ma doivent lutter quotidiennement pour manger à leur faim. Elles découvrent la pauvreté, le froid d’un appartement miteux – alors qu’elles vivaient dans des conditions tout à fait honorables à Hong Kong –, le travail ardu pour un salaire de misère, et surtout de grandes difficultés à se faire comprendre du reste du monde, car les deux ne parlent pas un mot d’anglais. À cause de la barrière linguistique, elles se retrouvent abandonnées à elles-même, incomprises et recluses.

Pour survivre dans ces conditions, Ma, qui travaille dans une usine de fabrication de vêtements, demande à sa fille de lui prêter main-forte après les cours. Dès lors, Kim doit faire preuve d’une organisation sans failles lui permettant d’être une étudiante assidue le jour, une travailleuse efficace la nuit. Prête à tous les efforts pour améliorer leur quotidien, elle décide de prendre en main son avenir en se forgeant la meilleure éducation possible et en choisissant de réussir pour ne pas répéter cette souffrance.

There’s a Chinese saying that the fates are winds that blow through our lives from every angle, urging us along the paths of time. Those who are strong-willed may fight the storm and possibly choose their own road, while the weak must go where they are blown. I say I have not been so much pushed by winds as pulled forward by the force of my decisions.

Jean Kwok montre ainsi, dans Girl in Translation, les conditions misérables dans lesquelles évoluent les migrants sino-américains à leur arrivée en « terre promise ».

Accepter sa double identité

Jean Kwok fait un travail minutieux quant au récit de l’immigration de deux personnes d’origine chinoise aux États-⁠Unis. Il y a bien souvent une tendance à sous-⁠estimer le choc des cultures pour les familles qui émigrent d’un pays vers un autre. La manière dont l’auteure conte cette histoire et décrit le travail dans les usines de fabrication de vêtements – qui emploient des personnes pour moins de deux dollars de l’heure – est tout à fait remarquable.

The factory took up the entire floor of a massive industrial building on Canal Street. It was a cavernous hall bulging with exposed beams and rusting bolts covered in ever-thickening layers of filth. There were mountains of fabric on the floor next to the workers, enormous carts piled high with half finished clothes.

Jean Kwok utilise ici son parcours personnel pour montrer combien il est difficile d’entrer dans une culture différente de celle que l’on a toujours connue et vivre chaque jour en se comparant aux autres. Se faire accepter au sein d’une nouvelle communauté peut prendre du temps… La romancière explore aussi la notion de « double culture » expérimentée par ces personnes : apprendre de la culture étrangère est aussi une richesse pour soi. Il y a une certaine authenticité dans la description des émotions éprouvées par Kim et Ma.

De nombreuses notes existent en outre sur la culture chinoise. À titre d’exemple, l’écrivaine explique ce qu’est le feng shui. Elle informe sur les traditions chinoises quant au bon maintien d’un foyer pour qu’une maison possède une énergie environnementale positive.

Offrir une meilleure vie à son enfant

Jean Kwok donne à son ouvrage un mouvement quelque peu circulaire. En fin d’énonciation, elle montre le choix, qui peut paraître sans cœur, d’une Chinoise devenue États-⁠unienne qui souhaite donner le meilleur à ses enfants. Le scénario en devient dramatique pour les personnages concernés par l’acte en question. Néanmoins, ce regard tranchant montre surtout les difficultés auxquelles doivent faire face les immigrés. Le désir d’une vie meilleure pour la génération suivante est plus fort que tout.

La structure littéraire peut parfois sembler distordue d’un point de vue rythmique, par la façon dont certains paragraphes sont sectionnés. Certains débuts de chapitre sont le résultat direct d’un événement du précédent. Parfois, au sein d’un même chapitre, plusieurs semaines et mois s’écoulent. L’auteure s’octroie ainsi des pauses descriptives juxtaposées à des ellipses parfois déstabilisantes pour donner un certain dynamisme à son énonciation.

Girl in Translation offre en définitive un roman où le lecteur peut se confronter au thème de l’immigration tout au long de l’intrigue. Ses personnages ont parfois un comportement manichéen faisant d’eux d’une part des personnes bien intentionnées, intelligentes, gentilles ; d’autre part, des personnes méchantes, inhumaines, intraitables. Le quotidien des familles immigrées tel qu’il est décrit donne le sentiment de lire un véritable témoignage sur l’arrivée dans un pays loin de garantir le « rêve américain ».

Notes    [ + ]

  1. Jean Kwok. ‘The sweatshop was my second home’: How one woman escaped the poverty trap in Mail Online. 7 août 2010. URL : http://www.dailymail.co.uk/home/you/article-1300601/Jean-Kwok-tells-YOU-escaped-poverty-trap-The-sweatshop-second-home.html

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