La Tresse de Laetitia Colombani, trois femmes en quête d’émancipation

La tresse de Laetitia Colombani
Copyright : Grasset

La Tresse est le premier roman de Laetitia Colombani. Il paraît au mois de mai 2017 au sein de la collection « Littérature française » des éditions Grasset. Fort de son succès, cet ouvrage permet à son auteure d’être la récipiendaire du prix Relay des Voyageurs-Lecteurs 2017, du prix Ulysse du Premier Roman 2017, du Globe de Cristal du Meilleur Roman-Essai 2018 et du prix de la FNABEH 2018.

Laetitia Colombani est une actrice, scénariste, réalisatrice et écrivaine française née en 1976. Elle réalise les films À la folie… pas du tout (2002) et Mes stars et moi (2008) ; et joue le rôle de Vline Buggy dans le film Cloclo (2012). Elle est également l’auteure de la comédie musicale Résiste (dont la première représentation a lieu en novembre 2015), et l’auteure d’un second roman intitulé Les Victorieuses, paru chez Grasset en 2019[1].

La Tresse conte le récit de trois femmes prêtes à bouleverser le monde tel qu’il existe. Ces femmes que tout sépare ne vivent pas sur le même continent, ne se rencontreront jamais, mais sont liées par un même désir : s’assurer un meilleur lendemain dans une société qui leur est hostile.

Trois femmes, trois pays, trois combats

Smita vit en Inde dans le village de Badlapur. Elle fait partie de la communauté des Intouchables. Dans la hiérarchie des différents groupes de la société indienne, les Intouchables sont considérés comme hors castes, des êtres impurs. Ces individus ont donc des métiers abjects, vivent avec moins que rien et font l’objet de nombreuses discriminations. Évoluant dans des conditions précaires avec son mari et sa fille, Smita rêve de pouvoir offrir un meilleur avenir à cette dernière : Lalita apprendra à lire et écrire. Elle s’en fait la promesse.

Giulia réside à Palerme en Sicile. Elle travaille dans l’atelier de son père, une entreprise familiale qu’elle connaît depuis toujours et qu’elle affectionne tout particulièrement. C’est un lieu vivant, grouillant de femmes qui adorent bavarder, qui mettent tout leur cœur à l’ouvrage. C’est là qu’est le destin de Giulia : pour elle, cet atelier, c’est comme une évidence… Elle a d’ailleurs quitté ses études dans le but de perpétuer la tradition. Alors quand, suite à l’accident de son père, la jeune femme découvre l’état des finances de la société, elle ne sait à quel saint se vouer.

Sarah est une avocate réputée à Montréal au Canada. Elle a une vie parfaitement orchestrée car elle a tout prévu : de son réveil à son coucher, chaque brique de sa vie se positionne en parfaite adéquation avec les premières posées. Elle a travaillé dur pour en arriver à ce résultat-là. Son travail est sa plus grande fierté, son plus grand accomplissement. Seulement elle est épuisée. Depuis plus d’un mois, elle ressent une fatigue nouvelle au réveil, accompagnée d’une douleur dans sa poitrine… Mais « tant qu’on n’en parle pas, ça n’existe pas. »

Ces trois femmes apportent une vision différente des challenges que réserve la société d’aujourd’hui aux femmes. Smita est un personnage féminin fort de par son caractère, ses convictions et son combat pour offrir une meilleure vie à sa fille. Giulia est un personnage qui apprend à gérer ses émotions et devient une femme fière de ses choix. Sarah est sans doute le personnage qui progresse le plus de par ce qu’elle devient, sa détermination et son approche différente de ce que sera son quotidien.

Le lecteur est ainsi embarqué dans ces trois destinées sans comprendre au premier abord quel sera le lien entre celles-ci. Le fil conducteur de La Tresse devient évident après la lecture de quelques chapitres : la conclusion de ce roman n’offre donc pas de suspense, ni de réelle surprise. Laetitia Colombani emploie ici une narration limitée à la troisième personne du singulier pour chacune de ces femmes. Son écriture est fluide, directe, parfois prosaïque. Une note de positivité se dégage quant au dénouement de l’intrigue.

Une tresse, une poésie singulière

Laetitia Colombani utilise l’image de la tresse pour tisser un lien symbolique fort entre ses trois héroïnes, trois femmes courageuses décidées à faire ce qu’il faut pour lutter contre les discriminations. Les trois brins de cheveu composant une tresse font ainsi référence à la fois aux trois femmes dont l’histoire s’entremêle et à la construction littéraire de l’œuvre.

Je ne suis qu’un maillon de la chaîne,
Un maillon dérisoire, mais qu’importe,
Il me semble que ma vie est là,
Dans ces trois fils tendus devant moi,
Dans ces cheveux qui dansent
Tout au bout de mes doigts.

L’écrivaine compose ici des poèmes préliminaires aux actions de ses personnages. Chacun d’entre eux apporte des renseignements sur la vie de Smita, Giulia et Sarah, et donne un aperçu de la transition à venir. Ces quelques vers confèrent une certaine légèreté à l’intrigue et permettent au lecteur de mieux percevoir la portée métaphorique des chapitres lus. Laetitia Colombani joue ainsi subtilement sur son énonciation pour donner à son roman un caractère poétique et original.

La tresse, objet unique aux multiples composantes, souligne aussi le même désir d’émancipation de trois protagonistes ne formant qu’un « ouvrage » (une création unique en son genre). Laetitia Colombani s’intéresse ici particulièrement à la cause féministe, aux difficultés que les femmes rencontrent dues à leur sexe. Elle les assimile à la même tresse leur offrant un « trait d’union dérisoire ». Si chaque femme de ce monde combat ces injustices seule, elle fait partie néanmoins d’un tout, reliée par « un fil ténu ».

Je dédie mon travail à ces femmes,
Liées par leurs cheveux,
Comme un grand filet d’âmes.
À celles qui aiment, enfantent, espèrent,
Tombent et se relèvent, mille fois,
Qui ploient mais ne succombent pas.
Je connais leurs combats,
Je partage leurs larmes et leurs joies.
Chacune d’elles est un peu moi.

Un succès à l’international

La Tresse connaît un succès considérable à l’échelle nationale et internationale. Avant même sa parution en France, le manuscrit du roman est vendu à dix-sept pays selon Juliette Joste pour Libération. À ce jour, La Tresse est traduit en une trentaine de langues et connaît près de soixante-quinze éditions différentes[2] ; Louise Rogers Lalaurie est la traductrice de la version anglophone. Plus d’un million d’exemplaires de ce roman ont été vendus en France en près de deux années.

La Tresse bénéficie en outre d’un format poche disponible dès mai 2018 aux éditions Le Livre de Poche, d’un format audio lu par Rebecca Marder, Estelle Vincent et l’auteure elle-même disponible dès novembre 2017 chez Audiolib, et d’une adaptation en album jeunesse disponible dès novembre 2018 chez Grasset Jeunesse – La Tresse ou le Voyage de Lalita. Le roman serait également en cours d’adaptation cinématographique.

Notes    [ + ]

  1. Les Victorieuses conte l’histoire de Solène, avocate sujette à la dépression, envoyée dans un foyer pour femmes en difficulté. Ce second roman de Laetitia Colombani paraît au sein de la collection « Littérature française » des éditions Grasset le 15 mai 2019. ISBN 9782246821250.
  2. Goodreads, réseau social et grande base de catalogage de livres du monde entier, référence les différentes éditions de La Tresse. URL : https://www.goodreads.com/work/editions/56160619-la-tresse

Deux réflexions sur « La Tresse de Laetitia Colombani, trois femmes en quête d’émancipation »

  1. J’adore ce type de roman !J’aurais dû le prendre aussi quand j’ai vu le seul exemplaire à la librairie de PaP. Je le mets dans ma liste.
    Merci d’avoir dit juste ce qu’il fallait.Tu as fait exprès d’écrire « ne sait pas à quel saint se dévouer » au lieu de « ne sait pas à quel saint se vouer »?
    bonne continuation , tu écris vraiment bien , ça fait plaisir de te lire et puis c’est différent des autres bloggeuses littéraire que je suivais. Certaines m’ont l’air très commerciales. Elles enchaînent les lectures à un rythme vertigineux et on sent qu’elles sont pressées dans leurs résumés et ça manque de profondeur , c’est plat , même si elles disent bien avec sincérité si elles ont aimé ou pas les livres. Le question c’est comment ne pas trop en dire tout en donnant envie au lecteur d’aller acheter les livres?

    1. Hello Anouck,
      Haha, non je n’ai pas fait exprès pour « ne sait pas à quel saint se dévouer »… mais j’aime assez ce lapsus qui colle bien au caractère de Giulia. Merci d’avoir mis le doigt dessus.
      Merci également pour ce gentil message. En ce qui concerne ta question « comment ne pas trop en dire tout en donnant envie au lecteur d’aller acheter les livres » : quand j’écris sur un ouvrage, j’essaie de me rappeler de ce qui m’a émerveillée, ce qui me semble important de ne pas révéler. Pour La Tresse, l’intrigue de fond est claire au bout de quelques chapitres. Il était donc important pour moi de rester sur ces portraits simples pour ne pas la gâcher. Pour d’autres livres, j’ai l’impression de pouvoir en dire plus dans le sens où, au-delà de l’histoire, il y a cet univers qui transporte réellement le lecteur, et des thématiques abordées de façon singulière par l’auteur. Mais c’est probablement un sentiment très subjectif, je fais de mon mieux pour ne pas trop en dévoiler selon ce que j’ai ressenti.
      Attends peut-être la sortie du livre au format poche sinon, il sort dans un mois et demi. :)

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