LaRose de Louise Erdrich, ou comment pardonner l’impardonnable

LaRose de Louise Erdrich
Copyright : Albin Michel

LaRose est un roman de Louise Erdrich paru en France au mois de janvier 2018 dans la collection « Terres d’Amérique » des éditions Albin Michel. Il est traduit de l’anglais vers le français par Isabelle Reinharez.

LaRose propose une fiction au contexte historique bien défini dans laquelle il est question de violence armée, de deuil et de reconstruction.

Le destin scellé de LaRose

Les Iron et les Ravich sont deux familles voisines de Dakota du Nord. Emmaline Iron et Nola Ravich sont demi-sœurs mais n’entretiennent pas de réelle relation. Leurs deux maris en revanche, Landreaux et Peter respectivement, sont amis et ont pour habitude de se retrouver de temps à autre pour discuter.

À l’ouverture de la saison de la chasse, Landreaux, impatient de pouvoir honorer ses coutumes ancestrales indiennes, s’arme de son fusil. Cela fait déjà quelque temps qu’il observe un cerf se balader aux alentours de chez lui. Il suit pendant de longues minutes les allées et venues de l’animal, se prépare à faire feu et tire. Alors que le gibier s’enfuit en détalant, un bruit sourd se fait entendre. Landreaux réalise soudain qu’il vient de tuer le dernier fils de Peter et Nola, Dusty.

Cet incident va conduire les deux familles dans un enchaînement infernal de réactions, va surtout conduire Landreaux à prendre une décision déchirante en ce qui concerne son dernier garçon LaRose. Pour observer la justice traditionnelle ojibwé, l’homme va donner son fils à ses voisins endeuillés, une action qui aura des répercussions terribles pour tous.

Nous sommes poursuivis par ce que nous faisons aux autres et ensuite, du coup, par ce qu’ils nous font

Tel un caillou lancé dans une mare, cet acte symbolique profond soulève bien des questions dont les réponses semblent mener vers d’autres interrogations. Comment Peter, Nola et leur fille Maggie vont-ils réagir à cette offrande singulière ? Comment Landreaux peut-il accepter de perdre un fils de cette façon ? Comment peut-il d’ailleurs imposer ça au reste de sa famille, sa femme Emmaline et ses quatre autres enfants ? Et surtout, qu’est-ce que tout cela implique pour le petit garçon de cinq ans qu’est LaRose au moment des faits, pour lui qui a perdu en la personne de Dusty un ami ? Peut-on réellement effacer une erreur en faisant don de la chose la plus précieuse pour soi ?

LaRose représente finalement la balance qui rétablit l’équilibre entre ces deux familles qui vivent des moments affreusement tragiques. Mais c’est aussi ce petit garçon qui grandit sans aucun doute trop vite, qui tente d’endosser la misère affective d’un côté, la détresse maternelle de l’autre. Il est baigné dans ce quotidien nocif où tout le monde semble devoir reposer sur lui, sur ses petites épaules trop frêles pour un si lourd bagage.

Cette histoire originale explore ainsi les notions de violence armée et d’assomption de ses actes. Landreaux est un personnage étonnant, qui vit l’une des pires choses en tant qu’être humain bienveillant, qui se résout à la pire chose pour un père. Il semble loti d’un cœur immense, mais cet acte par lequel il tue involontairement Dusty, va le condamner à jamais aux yeux de tous. Peut-il seulement espérer la rédemption ?

Il n’y a pas de réelle limite entre le réel et le surnaturel au sein de LaRose. Les esprits indiens sont omniprésents au cours de l’énonciation. Par ailleurs, certains épisodes se déroulant en arrière-plan peuvent déconnecter le lecteur de la trame principale du roman. Parmi eux, on retrouve la narration autour du père Travis, l’arrivée de Waylon et ce qui en découle, ou les différents récits racontés par Mrs Peace et ses amis.

LaRose plonge son lecteur dans une intrigue insolite où chacun tente de survivre tant bien que mal à un événement inconcevable. Ce livre plaira à tous ceux qui sont désireux d’en apprendre plus sur les traditions amérindiennes. Louise Erdrich fait un travail exceptionnel quant à la retranscription des us et coutumes des natifs américains. On parcourt également un pan triste de l’histoire états-unienne, les années qui ont suivi le 11 septembre 2001.

Si quelqu’un parle calmement et respire la paix, même un loup est capable d’écouter.

En réalité, il lui avait enseigné ce qu’elle devait savoir sur les hommes. Elle n’avait nul besoin d’en apprendre davantage.

Puis elle se secouait et faisait semblant, en présence des enfants, d’être vraiment là et non sous terre.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.