Cyparis : Le Prisonnier de Saint-Pierre de Lucas Vallerie, une épopée singulière

Cyparis, le prisonnier de Saint-Pierre de Lucas Vallerie
Copyright : La Boîte à Bulles

Cyparis : Le Prisonnier de Saint-Pierre est un roman graphique de l’illustrateur, scénariste et producteur français Lucas Vallerie. Il paraît au mois de septembre 2017 dans la collection « Hors champ » des éditions La Boîte à Bulles.

Cette bande dessinée possède une première de couverture particulièrement inspirante : son rouge flamboyant, la Montagne Pelée et son nuage de fumée atypique, un jaillissement nébuleux formant la plus célèbre photo de Cyparis… L’entièreté de cette illustration interpelle et évoque la malencontreuse tragédie de Saint-Pierre en Martinique datant de 1902.

Un scénario qui retrace l’histoire de Cyparis et de Saint-Pierre

L’histoire de Louis-⁠Auguste Cyparis, souvent seulement appelé de son patronyme « Cyparis », est étroitement lié avec celui de la ville de Saint-Pierre, une commune située au Nord Caraïbe de la Martinique.

Le 8 mai 1902, Saint-Pierre connaît une éruption volcanique d’une violence sans pareille. La Montagne Pelée est d’ailleurs à l’origine de la plus meurtrière éruption au monde du xxe siècle de jour-là, avec près de 30 000 morts en l’espace de deux minutes. Emprisonné dans un cachot aux murs épais au moment de l’émission de la nuée ardente et de l’explosion du volcan, Cyparis est découvert en vie trois jours après la catastrophe souffrant « seulement » de nombreuses brûlures. Il est considéré de tous comme un miraculé.

Lucas Vallerie conte cet incroyable récit au sein de son ouvrage. Avec des dessins d’une technique irréprochable, une narration douce et distrayante, et des couleurs flamboyantes nées sous l’initiative de Lucie Firoud, cette bande dessinée permet de mieux appréhender ce fait d’antan qui fait partie intégrante de l’histoire de la Martinique.

Ainsi grâce à cette bande dessinée, on peut suivre chronologiquement les signes avant-coureurs donnés par la Montagne Pelée. On découvre alors l’apparition des fumerolles au sommet du cratère, les nuages de cendres recouvrant la ville, la croissance de la température des eaux avoisinantes, la montée des fortes odeurs de soufre, l’ensevelissement de l’usine Guérin (qui fait déjà quelques victimes), les pluies torrentielles, les coulées de boue, etc. Les vignettes proposées ici sont de qualité et permettent de visualiser les différentes manifestations du volcan avant son entrée en phase explosive.

Nombreux ont été les signes avant-coureurs de l’éruption par la Montagne Pelée. Lucas Vallerie s’interroge alors : si le contexte politique de la Martinique avait été différent, est-ce qu’une partie de la population pierrotine aurait pu être sauvée ? Le scénario imaginé par l’illustrateur insiste en effet sur cette question. Les risques de catastrophe ont été soulevés par divers scientifiques de l’époque mais les dégâts éventuels ont été jugés modérément par le gouvernement qui craignait de voir un taux d’abstention trop important le dimanche 11 mai 1902 si la population venait à quitter la ville. Il devait s’y tenir le second tour des élections législatives. Si Saint-Pierre n’avait pas connu cette violente éruption, peut-être aurait-elle encore ses lettres de noblesse et serait-elle encore considérée comme le chef-lieu de ce département d’outre-⁠mer…

Une catastrophe, en général et quelle que soit sa nature, s’annonce avec fracas, a son lot de signes avant-coureurs, de lanceurs d’alerte, d’incroyables hasards et, parfois, certains miraculés. Mais malgré tout cela, l’homme ne parvient jamais à regarder la vérité en face, il ne peut pas croire que le pire puisse arriver et, continuellement, détourne le regard…

Lucas Vallerie dynamise sa narration de façon à ce que le lecteur ne s’ennuie jamais au sein de Cyparis : Le Prisonnier de Saint-⁠Pierre. Ce dernier est sans cesse en alerte, intrigué, parfois étonné ou surpris de la tournure dramatique des événements. Les illustrations sont finement élaborées, cette lecture accessible et riche en enseignements. Ci-dessous, quelques planches qui introduisent le destin de Cyparis.

Cyparis, le prisonnier de Saint-Pierre
Cyparis, le prisonnier de Saint-Pierre
Cyparis, le prisonnier de Saint-Pierre
Cyparis, le prisonnier de Saint-Pierre

Aujourd’hui…

La ville de Saint-Pierre a repris bien des couleurs depuis cette catastrophe. Néanmoins, les stigmates de ce passé douloureux sont toujours perceptibles dans cette commune paisible. La ville possède encore des ruines bien présentes en son centre. Il est en outre possible de visiter les vestiges des maisons du Figuier, les ruines du Théâtre… et, le cachot de Cyparis, quoique recouvert de quelques végétations luxuriantes, se tient toujours debout, surplombant un espace qui autrefois accueillait les plus beaux spectacles d’antan.

L’activité de la Montagne Pelée est aujourd’hui surveillée par l’Observatoire volcanologique et sismologique de la Martinique. Ce laboratoire scientifique a été créé en 1902 par Alfred Lacroix suite à la première éruption dévastatrice de la Montagne Pelée. Chaque trimestre, l’OVSM propose un bilan de l’activité volcanique de la Montagne Pelée et de l’activité sismologique de l’île consultable en ligne.

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