En attendant Bojangles d’Olivier Bourdeaut, un roman où l’amour est folie

En attendant Bojangles d'Olivier Bourdeaut
Copyright : Finitude

Si l’on s’en tient au paratexte d’En attendant Bojangles, premier roman de l’écrivain français Olivier Bourdeaut, on peut déjà poser un regard singulier sur cette œuvre parue aux éditions Finitude. La première de couverture laisse entrevoir un couple dansant, en mouvement, comme en témoigne la chevelure de la femme. La quatrième de couverture évoque, quant à elle, deux êtres amoureux qui rythment leur vie à la mesure de Mr. Bojangles, chanson interprétée par Nina Simone dans les années 1970. Si la connivence de ces deux protagonistes paraît évidente, leur quotidien, que l’on découvre par impressions successives, s’avère finalement éprouvant.

Un hymne à l’amour

En attendant Bojangles est un texte en prose aux notes poétiques dans lequel la folie tient une place importante. Les personnages y sont vivants, respirent d’amour ; leurs raisonnements semblent extravagants et leur légèreté face aux tracas de la vie est manifeste. Leur nature irrationnelle paraît enviable dans un premier temps : quelle belle façon d’aborder les coups durs que de vivre sans trop se soucier de l’avenir. Mais rapidement, les lecteur·rice·s du roman déchantent, comprennent que l’illusion est parfaite, que la réalité est plutôt déconcertante avant de devenir bouleversante.

Olivier Bourdeaut nous conte son incroyable histoire à travers le point de vue de deux personnages distincts. Sous le regard enfantin du premier narrateur, on mesure l’importance des moments joyeux mais éphémères que vivent ses parents et l’on aimerait que la danse dure bien plus que le temps d’une chanson. Le deuxième narrateur n’est autre que le père de cet enfant, un mari fou d’amour pour sa femme. Ce dernier pose un regard mélancolique sur leur romance idyllique et la décrit de ses premières minutes à son apothéose.

En attendant Bojangles est de sorte un roman d’une douce nostalgie, où l’amour est fantaisie, où l’entrelacs des deux temporalités proposées par l’écrivain est finement construit. Olivier Bourdeaut offre par ailleurs une mise en abyme inattendue : le plus jeune de ses deux narrateurs tombe sur les carnets de son père, des carnets aux pages noircies de la vie de famille atypique qu’ils ont connue ; il décide alors de les faire publier.

J’avais appelé son roman « En attendant Bojangles », parce qu’on l’attendait tout le temps, et je l’avais envoyé à un éditeur. Il m’avait répondu que c’était drôle et bien écrit, que ça n’avait ni queue, ni tête, et que c’était pour ça qu’il voulait l’éditer. Alors, le livre de mon père, avec ses mensonges à l’endroit à l’envers, avait rempli toutes les librairies de la terre entière. Les gens lisaient Bojangles sur la plage, dans leur lit, au bureau, dans le métro, tournaient les pages en sifflotant, ils le posaient sur leur table de nuit, ils dansaient et riaient avec nous, pleuraient avec Maman, mentaient avec Papa et moi, comme si mes parents étaient toujours vivants, c’était vraiment n’importe quoi, parce que la vie c’est souvent comme ça, et c’est très bien ainsi.

Un hommage à Nina Simone

Lire En attendant Bojangles c’est aussi rendre hommage à l’œuvre considérable de Nina Simone. Née à l’aube des années 1930, la chanteuse états-⁠unienne est une artiste aux multiples talents, capable de jouer du piano, d’écrire des textes de grande poésie, de créer ses propres arrangements musicaux et d’interpréter des chansons s’inscrivant dans différents genres tels que le gospel, son premier amour, mais aussi le jazz, le blues, la pop et le R&B. En 1971, son album Here Comes the Sun paraît : on y retrouve son interprétation de Mr. Bojangles.

Mr. Bojangles est en réalité une chanson originellement écrite et enregistrée par le chanteur de country Jerry Jeff  Walker en 1968. L’idée des paroles lui vient de sa rencontre avec un alcoolique ténébreux capable de prouesses chorégraphiques, alors que tous deux se retrouvent dans une prison de la Nouvelle-Orléans. On surnommait ce danseur de claquettes « Mr. Bojangles » afin que sa véritable identité reste méconnue des services de police – « Mr. Bojangles » étant de prime abord le surnom du célèbre danseur de claquettes Bill Robinson. Leur proximité est telle que les deux hommes, ainsi que d’autres codétenus partageant leur cellule, se racontent quotidiennement des épisodes de leur vie passée. Un jour, à l’énonciation de la perte de son chien, Mr. Bojangles, visiblement peiné, s’endurcit et introduit une atmosphère pesante dans leur antre. À la demande générale, il est invité à égayer de nouveau la cellule et s’exécute en effectuant quelques pas de danse : ainsi va la vie.

Nina Simone apporte de sa tessiture grave et son phrasé prolongé une nouvelle ambiance au titre de Walker. Sa voix repose sur des notes de piano sobres, des guitares paraissant en sourdine et une batterie donnant la mesure. Son interprétation de Mr. Bojangles est d’ailleurs l’une des plus connues, bien que cette chanson ait été reprise par de nombreux·ses artistes dont Whitney Houston, Robbie Williams, Hugues Aufray en français et Queen Ifrica pour une version reggae.

Une émotion certaine

En attendant Bojangles offre en somme un récit aussi pétillant qu’inattendu, à l’humour et la mélancolie indéniables. Son auteur, Olivier Bourdeaut, se révèle être un écrivain dont la plume est frappante ; la référence musicale qu’il choisit céans confère à son intrigue une certaine nostalgie dont on ne comprend la profondeur qu’une fois la dernière page du roman tournée.

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