La Fille du train de Paula Hawkins, un thriller aux retombées internationales

La Fille du train de Paula Hawkins
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Écrivaine britannique née au Zimbabwe, Paula Hawkins défraie la chronique littéraire internationale en 2015 avec son thriller intitulé The Girl on the Train. Ce roman, connu en France sous le titre La Fille du train, traduit de l’anglais par Corinne Daniellot, n’est pourtant la première œuvre publiée de son auteure qui a, entre autres, travaillé pour The Times. Paula Hawkins a ainsi écrit The Money Goddess, un livre proposant des conseils financiers aux femmes ; et quatre romans qualifiés de fictions romantiques sous le pseudonyme d’« Amy Silver ».

I realized I do tragedy better than comedy.[1]
J’ai réalisé que j’écris la tragédie mieux que la comédie.

À mesure que Paula Hawkins compose des textes de fiction pour son éditeur, elle comprend qu’elle n’a pas la fibre des écrivains d’ouvrages dits feel good, et que c’est avec beaucoup plus de facilité qu’elle injecte un brin de violence et de dramatique dans ses scénarios. Elle prend alors la décision de s’essayer au genre du thriller et le pari sera payant pour elle. En 2014, alors qu’elle se trouve dans une situation de grande vulnérabilité, la romancière envoie le manuscrit de The Girl on the Train à différentes maisons d’édition : son thriller traitant de violence conjugale, d’alcoolisme, de consommation abusive de drogues et de la complexité des relations maritales, devient un succès commercial qu’elle n’avait pas anticipé. Aujourd’hui, Paula Hawkins est aussi l’auteure d’un deuxième thriller intitulé Into the Water, paru en 2017 ; elle serait également en train d’écrire un troisième thriller psychologique[2].

Une intrusion dans le privé

La Fille du train conte de prime abord l’histoire de Rachel, une femme qui, comme tant d’autres Londonien.nes, se retrouve matins et soirs dans les transports en commun. Ce rituel quotidien donne le sentiment à Rachel de tout connaître des personnes qui prennent son train à la même heure qu’elle, des personnes qu’elle a l’habitude d’observer depuis sa place assise par la fenêtre. Elle en devient, tel un microscopique parasite, une partie invisible de leurs vies, une femme préoccupée par les problèmes des autres plutôt que d’affronter les siens.

Beautiful sunshine, cloudless skies, no one to play with, nothing to do. Living like this, the way I’m living at the moment, is harder in the summer when there is so much daylight, so little cover of darkness, when everyone is out and about, being flagrantly, aggressively happy. It’s exhausting, and it makes you feel bad if you’re not joining in.[3]
Un soleil radieux dans un ciel sans nuages, personne à voir, rien à faire. Vivre comme je le fais, c’est plus difficile l’été, avec ces journées si longues, si peu d’obscurité où se dissimuler, alors que les gens sortent se promener, leur bonheur est si évident que c’en est presque agressif. C’est épuisant, et c’est à vous culpabiliser de ne pas vous y mettre, vous aussi.

Le matin, Rachel aime particulièrement regarder un couple qui lui semble parfait en tous points, loin de ce qu’elle a elle-même vécu étant mariée. Avec envie et délectation, la jeune femme les épie jour après jour dans leur jolie maison… jusqu’à une découverte des plus déconcertantes. Et quand l’« épouse parfaite » disparaît, Rachel est convaincue qu’elle doit intervenir, qu’elle sera capable de faire resurgir la vérité. Mais jusqu’à quel point peut-on considérer ses souvenirs comme réels, elle qui semble complètement déconnectée de la réalité ?

Trois narratrices peu fiables

En parallèle aux réflexions intimes de Rachel, Paula Hawkins nous offre aussi des tranches de vie de deux autres protagonistes, les prénommées Megan et Anna.
Megan est une femme qui ne semble pas savoir ce qu’elle attend de sa vie. Elle est cette personne incomprise de tous qui tente de survivre en assouvissant certaines de ses envies de manière égoïste. C’est surtout une femme blessée dans son amour propre, incapable de prendre une décision de vie et de s’y tenir. Son passé la submerge dans des eaux profondes, et rien ne semble véritablement l’aider à sortir la tête de l’eau.
Anna, quant à elle, est une femme sûre d’elle, qui sait comment obtenir presque tout ce qu’elle souhaite un tant soit peu. Mais ce qu’elle désire par dessus tout lui résiste : vivre tranquillement et se complaire dans cet état de bonheur idéal. Son quotidien est parfait, à un détail près : Rachel.

Par la voix de ces trois narratrices féminines singulières, on évolue dans un univers où le réel se confond étrangement avec l’imaginaire, où les souvenirs sont parfois seulement l’esquisse d’un rêve. La Fille du train nous propose de sorte de nombreux éléments de suspense, une intrigue dotée de rebondissements, de surprises et de secrets. En qui peut-on réellement avoir confiance ? Comment se fier avec certitude aux racontars des autres ? Qui peut vraiment juger de la véracité d’un événement passé d’après la mémoire d’une tierce personne ?

One for sorrow, two for joy, three for a girl . . . Three for a girl. I’m stuck on three, I just can’t get any further. My head is thick with sounds, my mouth thick with blood. Three for a girl. I can hear the magpies—they’re laughing, mocking me, a raucous cackling. A tiding. Bad tidings. I can see them now, black against the sun. Not the birds, something else. Someone’s coming. Someone is speaking to me. Now look. Now look what you made me do.
Passe, passe, passera, la dernière y restera. Je suis bloquée là, je n’arrive pas à aller plus loin. J’ai la tête lourde de bruits, la bouche lourde de sang. La dernière y restera. J’entends les hirondelles, elles rient, elles se moquent de moi de leurs pépiements tapageurs. Une marée d’oiseaux de mauvais augure. Je les vois maintenant, noires devant le soleil. Mais non, ce ne sont pas des hirondelles, c’est autre chose. Quelqu’un vient. Quelqu’un qui me parle. « Tu vois ? tu vois ce que tu me fais faire ? »

Une richesse d’expression

Paula Hawkins compose en somme un thriller psychologique mêlant moult thématiques se rapportant à la sphère privée d’un être. Elle met ici en exergue une qualité de narration appréciable, et la richesse de ses expressions, notamment dans l’édition originelle du livre, ainsi que sa capacité à faire entendre le désespoir de ses personnages sont les deux véritables moteurs de la fluidité de cette lecture. On se retrouve ainsi empreint de tristesse et de compassion pour ces trois femmes aux destins tragiquement liés. La Fille du train offre en ce sens une lecture dont le récit tient en haleine.

Notes    [ + ]

  1. ALTER (Alexandra). Welcoming the Dark Twist in Her Career in The New York Times. 30 janvier 2015. Consulté le 28 juin 2018. URL : https://www.nytimes.com/2015/01/31/books/paula-hawkinss-journey-to-the-girl-on-the-train.html
  2. BROOKS (Richard). Paula Hawkins on track for third hit in The Times. 8 octobre 2017. Consulté le 28 juin 2018. URL : https://www.thetimes.co.uk/article/paula-hawkins-on-track-for-third-hit-b53jvvzcg
  3. Les citations en langue anglaise de cette chronique sont issues du texte original de Paula Hawkins, The Girl On The Train, paru au format poche chez Black Swan. La traduction en langue française est celle proposée par Corinne Daniellot pour les éditions Sonatine.

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