Ce que murmurent les collines de Scholastique Mukasonga, des nouvelles évocatrices du passé

Ce que murmurent les collines de Scholastique Mukasonga
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Ce que murmurent les collines est un recueil de nouvelles de Scholastique Mukasonga paru le 27 mars 2014 dans la collection « Continents noirs » des éditions Gallimard.

Scholastique Mukasonga est une écrivaine franco- rwandaise née en 1956 au Rwanda.
En 1960, sa famille est délogée à Nyamata au Bugesera, une province rwandaise dans laquelle s’étendent de nombreux marais. Trois ans après cette première délocalisation, les membres de la famille de Scholastique Mukasonga restés dans la vallée de la Rukarara sont massacrés. Elle vit alors au Rwanda jusqu’en 1973 puis est exilée au Burundi, un État frontalier de ce pays.
En 1992, Scholastique Mukasonga s’installe en France. Deux ans après son départ de l’Afrique, le Rwanda connaît une recrudescence de la violence qui atteint son paroxysme lors du génocide des Tutsis. La romancière apprend subséquemment le décès de trente-sept membres de sa famille, dont sa mère Stefania, une femme au caractère singulier que l’on retrouve beaucoup dans ses écrits.

Avec une verve singulière, Scholastique Mukasonga revient sur le passé terrible du Rwanda dans ses écrits. En 2006, soit douze ans après le génocide des Tutsis de 1994, Gallimard publie son premier récit à caractère autobiographique Inyenzi ou les Cafards. En 2012, son premier roman Notre-Dame du Nil permet à l’auteure d’être la récipiendaire du prix Renaudot. En mars 2018, Scholastique Mukasonga est de retour sur le devant de la scène littéraire avec un nouvel ouvrage intitulé Un si beau diplôme !

Des parcelles d’émotions vives

Ce que murmurent les collines est un recueil de six nouvelles dans lequel le lecteur se retrouve en immersion totale dans le pays natal de la romancière. Entre fiction et non-fiction, il s’aventure dans une région africaine marquée par son Histoire, une histoire parsemée de tristesse et d’inégalité. Depuis avril 2015, cet ouvrage existe aussi au format poche dans la collection « Folio » des éditions Gallimard.

La Rivière Rukarara

La rivière Rukarara est un cours d’eau de la province ouest du Rwanda. Cette rivière, c’est l’objet de convoitise, le doux rêve de Scholastique Mukasonga que l’on retrouve en tant que narratrice ici. Elle invite son lecteur à voyager le long de sa « rivière enchantée » pour découvrir son histoire. L’auteure conte ainsi ses souvenirs, son attachement aux légendes que lui racontait sa mère.

Selon Stefania, la Rukarara prodiguait sur ses rives richesse et abondance. Son eau dont on remplissait les abreuvoirs avait toujours protégé les vaches des épidémies de peste qui décimaient régulièrement les troupeaux du Rwanda. Elle comparait avec désolation les champs faméliques du Bugesera ruinés par la sécheresse à la fertilité sans pareille des champs qu’irriguait la Rukarara.

Scholastique Mukasonga est née au bord de la Rukarara. Narrer cette rivière, c’est donc pour elle un moyen de se réapproprier son enfance. Elle explique également que la Rukarara est l’une des sources les plus lointaines du Nil, une découverte qu’elle fera bien des années après son départ de cette région. « Ma chère Rukarara, au bout de tant de métamorphoses, devenait donc le Nil. »
Ce fait géographique a toute son importance aux yeux de la narratrice. Sa « rivière de légende » possède des lettres de noblesse.

La romancière raconte en outre son parcours par bribes dans ce texte. À Bujumbura, le Haut Commissariat aux Réfugiés lui délivre un certificat d’apatride, une déclaration proclamant le fait qu’elle soit sans nationalité légale. Parlant de ce papier, l’écrivaine déclare :

Il m’interdisait de revenir au Rwanda et me fermait la plupart des autres pays dont les ambassades, au vu du papier marqué du sceau d’infamie de réfugiée, me refuseraient, et cela allait de soi, leur visa.

Le Bois de la croix

Dans Le Bois de la croix sont juxtaposées deux notions opposées : la croyance populaire d’un peuple et la croyance religieuse qui lui est imposée. L’écrivaine rwandaise raconte ici l’arrivée des colonisateurs dans le village de la jeune Viviane.

Le Rwanda a été une colonie belge de 1916 à 1962, année de son indépendance. Dans cet écrit, ce sont les Belges qui décident de comment est gérée la communauté. Ils imposent clairement leur religion, leurs croyances, leurs pratiques au peuple rwandais. Si la mère de Viviane tient à ce que sa fille participe dûment et respectueusement au catéchisme, elle souhaite également que celle-ci soit pleinement au courant de la réalité de la croix dressée sur la colline Kivumu. On comprend alors que ce symbole important pour les religieux belges est né du déracinement d’un arbre appartenant au mythe des habitants de Gashora. On apprend donc que ces nouveaux arrivants ont détruit le culte de ce village pour bâtir leur croix.

Viviane ne doit pas oublier d’où elle vient. Scholastique Mukasonga énonce ici l’importance de la mémoire d’un peuple.

Titicarabi

Titicarabi est un chien mystérieux « d’une beauté extraordinaire » venu perturber la tranquillité d’un village magnifique où tout, jusqu’alors, semble fonctionner de la meilleure manière qu’il soit. Cette histoire conte avec humour l’aveuglement d’une bourgade entière face à l’adversité.

Ce soir-là, le mirage des belles paroles s’était dissipé et les villageois contemplèrent l’étendue du désastre : les cases qui tombaient en ruine, les greniers éventrés et pillés par les singes, les chèvres redevenues sauvages ou dévorées par les hyènes et les enfants aux yeux immenses et ternes réduits à l’état de squelettes. Le village n’était plus qu’un hameau de misérables masures menacé par la sécheresse et le vent de sable. Ils maudirent Titicarabi. Mais, dans leurs rêves, ils entendaient encore les paroles merveilleuses et certains, dans le secret de leur cœur, attendaient son retour.

La Vache du roi Musinga

Umuhoza est une jeune fille curieuse. Souvent, elle entend son grand-père prononcer ces mots « Yampaye inka Musinga ! » qui signifient « Ô toi, Musinga, qui m’as donné une vache ! ». Elle l’écoute religieusement sans comprendre à quoi fait référence cette proclamation perpétuelle. Craignant un jour de n’avoir davantage le temps de questionner son grand-père à ce sujet, Umuhoza se décide enfin à lui demander l’histoire de cette déclaration.

Dans La Vache du roi Musinga, Scholastique Mukasonga propose une découverte du parcours du roi Musinga, un souverain déchu du Rwanda ayant régné jusqu’en 1931. Avec cette fiction historique, le lecteur prend part à la chronologie des événements qui mènent à la destitution de ce mwami, ce roi rwandais.

Le Malheur

Scholastique Mukasonga utilise au sein du Malheur la figure de style de la personnification pour donner une volonté propre à cette affliction, celle de demeurer en un lieu bien précis. Elle est ainsi probablement dirigée selon des circonstances prédéfinies, mais poursuit sa propre route. Qui peut dire d’où vient le Malheur ? Qui peut donc agir sur ce Malheur ?

Au Rwanda, comme dans le reste du monde, le Malheur tisse inlassablement la trame de la vie humaine : la mort frappe les petits enfants, la peste décime les vaches, la sécheresse provoque la famine, la guerre ravage les collines. Bien sûr, on voudrait savoir d’où provient le Malheur et surtout qui nous l’envoie. Les suspects sont nombreux.

Un pygmée à l’école

La différence. Au moyen de la différence, on est capable de former des groupes, mais surtout de dissocier des individus de manière arbitraire. La romancière invite le lecteur à prendre conscience du regard de l’autre à travers cette dernière nouvelle. La notion de race est arrivée au Rwanda à l’heure de la colonisation. On a été capable de séparer la communauté hutue de la communauté tutsie et d’un peuple, sans doute plus restreint, les Twas. Ces Twas, aussi appelés Mutwas, sont des pygmées. C’est une ethnie « différente », vue négativement par les autres groupes en place au Rwanda.

Dans Un pygmée à l’école, on suit les aventures de Cyprien, un Twa très intelligent. Cette bonne prédisposition ne lui garantit pas pour autant d’avoir accès au savoir comme les autres enfants. Il est considéré moins important. C’est sur cette différence que Scholastique Mukasonga accentue sa narration. Une différence qui aura pour effet les guerres dévastatrices liées à la race notamment en 1994.

Une certaine poésie

Scholastique Mukasonga invoque l’histoire des siens pour offrir six contes où poésie rime avec prise de conscience. Une certaine oralité se dégage de ces textes dans lesquels le lecteur peut ressentir les souffrances morales endurées dès l’enfance par l’écrivaine. Cette dernière raconte en outre en filigrane comment peu à peu un peuple uni se retrouve désuni à cause des différences ethniques et sociales, des différences perçues comme telles dès l’arrivée des premiers colonisateurs du Rwanda.

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