Affamée de Raven Leilani, une solitude à combler

Copyright : Cherche Midi

Premier roman s’intéressant à la question du corps sous toutes ses coutures – qu’il s’agisse de désir sexuel, de contrôle, de pouvoir, de racisme, de beauté ou encore de mort –, Affamée n’épargne absolument personne. Son auteure, Raven Leilani, écrivaine états-⁠unienne née en 1990, traduite par Nathalie Bru pour les éditions du Cherche Midi, offre ici une prose crue, ciselée, qui renferme en son sein quatre personnages tentant d’affronter leur solitude et trouver des solutions pragmatiques à leur quotidien imparfait. Une femme, un couple marié, une enfant Le roman de Raven Leilani commence in medias res alors que sa protagoniste principale, Edie, vingt-trois ans, afro-⁠américaine travaillant dans le domaine de l’édition, assouvit sa « faim » : la jeune femme a une liaison sexuelle avec Eric, un homme … Continuer la lecture de « Affamée de Raven Leilani, une solitude à combler »

L’Ourse qui danse de Simonetta Greggio, une humanité animale, une animalité humaine

Copyright : Cambourakis

Les éditions du musée des Confluences de Lyon se sont associées avec les éditions Cambourakis afin de poursuivre leur collection intitulée « Récits d’objets », une collection originellement initiée en 2014 par Dominique Tourte et Cédric Lesec, aujourd’hui dirigée par Hélène Lafont-⁠Couturier et Cédric Lesec. Ce regroupement éditorial a la particularité de mettre en lumière un objet des collections du musée à travers un texte relativement succinct composé par un.e écrivain.e reconnu.e. Depuis 2020, Cambourakis se joint donc à cette entreprise romanesque et c’est l’écrivaine franco-italienne Simonetta Greggio qui inaugure leur participation. Dans L’Ourse qui danse, cette dernière offre une composition qui célèbre l’œuvre de Davie Atchealak (1947-2006), célèbre artiste inuit. Ours dansant II de Davie Atchealak Davie Atchelak est considéré comme l’un des artistes inuits les plus influents de son … Continuer la lecture de « L’Ourse qui danse de Simonetta Greggio, une humanité animale, une animalité humaine »

The Bluest Eye de Toni Morrison, une construction sociale de la beauté, de la « norme »

Copyright : Penguin Random House

Toni Morrison s’exprime sur les raisons qui l’ont poussée à écrire son premier roman dans l’avant-propos de The Bluest Eye. L’écrivaine se rappelle encore, non sans émotions, du souhait d’une de ses amies afro-américaines d’école primaire : « avoir des yeux bleus ». Ce souhait exprimé de manière si banale fut d’une violence sans pareille pour la jeune enfant qu’elle était alors. Elle voulut compatir aux sentiments de sa camarade de classe mais entra dans une colère, certes tue, mais terrible. Jusque-là, jamais elle n’avait considéré avec attention la notion de beauté et la question du regard de l’autre. Elles lui sembleront essentielles dès lors. Elles lui sembleront, surtout, étroitement liées. Vingt années plus tard elle commence l’écriture de ce qui deviendra The Bluest Eye. Quand … Continuer la lecture de « The Bluest Eye de Toni Morrison, une construction sociale de la beauté, de la « norme » »

Cahier d’un art de vivre : Cuba, 1964-⁠1978 de René Depestre, une intimité révélée

Copyright : Actes Sud

René Depestre est un homme d’exil. À moult reprises au cours de sa vie, l’illustre écrivain haïtien est contraint de quitter le lieu où il a élu domicile. Il habite toutefois près de vingt années consécutives à Cuba, île aux idées révolutionnaires qui lui fournit, à l’heure de ses balbutiements quant à la politique castriste, un environnement à la fois inspirant et enrichissant. René Depestre commence ainsi en 1964, alors qu’il vit à Cuba depuis cinq ans, un journal de ses réflexions variées et autres pérégrinations poétiques. Ces notes, retrouvées dans le Fonds René Depestre de la BFM de Limoges, sont rassemblées aujourd’hui dans un ouvrage inédit intitulé Cahier d’un art de vivre : Cuba 1964-1978, un document publié au mois de novembre 2020 … Continuer la lecture de « Cahier d’un art de vivre : Cuba, 1964-⁠1978 de René Depestre, une intimité révélée »

L’Anomalie d’Hervé Le Tellier, ou l’existence de l’univers remise en question

Copyright : Gallimard

Membre de l’Oulipo depuis 1992 et président de cet atelier littéraire depuis 2019, Hervé Le Tellier est un fervent défenseur des littératures dites « à contraintes ». Il en fait son art de prédilection, et nombreux de ses ouvrages publiés sont le résultat de ses expérimentations – c’est le cas, par exemple, de Joconde jusqu’à cent (Le Castor astral, 1998), La Chapelle Sextine (L’Estuaire, 2005) et Les amnésiques n’ont rien vécu d’inoubliable (Le Castor astral, 2008). Avec L’Anomalie, paru à l’occasion de la rentrée littéraire 2020 aux éditions Gallimard, Hervé Le Tellier offre une œuvre qui s’auto-référence de manière réflexive, une sorte de méta-œuvre. Son roman se décrit en effet lui-même : son titre, son épigraphe, ses observations, annoncent déjà une certaine étrangeté qui, on le … Continuer la lecture de « L’Anomalie d’Hervé Le Tellier, ou l’existence de l’univers remise en question »

Rassemblez vous en mon nom de Maya Angelou, un combat dans l’adversité

Copyright : Noir sur Blanc

Écrivaine, poétesse, actrice et grande militante pour les droits civiques états-unienne, Maya Angelou (1928-2014) est notablement connue pour ses sept volumes à caractère autobiographique dans lesquels elle traite des notions d’identité, de maternité, de racisme et de culture lettrée. En cette rentrée littéraire, le deuxième volume de cette série paraît au sein de la collection « Notabilia » des éditions Noir sur Blanc. Maya Angelou y expose son combat et son aspiration à une vie meilleure, une lutte qu’elle mène en tant que femme, en tant que mère et en tant que Noire au cœur des années 1940 aux États-Unis. L’essayiste assimile cette lutte singulière à une « guerre » menée quotidiennement « dans les ghettos ». Elle démarre son récit intitulé Rassemblez-vous en mon nom, … Continuer la lecture de « Rassemblez vous en mon nom de Maya Angelou, un combat dans l’adversité »

Ne m’appelle pas Capitaine de Lyonel Trouillot, deux mondes dissonants en un même lieu

Copyright : Actes Sud

Dans un article de Joseph Chanoine Charles publié en 2011 dans Le Matin Haïti et intitulé Lyonel Trouillot : la littérature comme arme de combat[1], Lyonel Trouillot, écrivain, professeur de littérature et journaliste haïtien d’expression française et créole né en 1956, révèle avoir « grandi dans le milieu de la classe moyenne et vécu relativement protégé des laideurs des misères haïtiennes ». Il évoque ainsi l’existence d’un gouffre social entre les classes aisées d’Haïti et la communauté locale la plus démunie. Intéressé par le possible dialogue de ces deux ensembles d’individus, il compose en 2018 un texte au titre énigmatique pour les éditions Actes Sud. Ne m’appelle pas Capitaine, ainsi paru dans la collection « Domaine français » de cette maison d’édition, analyse à travers … Continuer la lecture de « Ne m’appelle pas Capitaine de Lyonel Trouillot, deux mondes dissonants en un même lieu »

Là où chantent les écrevisses de Delia Owens, un portrait sémillant des marais

Copyright : Seuil

Delia Owens est une écrivaine et biologiste états-unienne née en 1949. Diplômée en zoologie et en éthologie, elle exerce pendant près de vingt ans en tant que chercheuse-naturaliste en Afrique, notamment dans le désert du Kalahari au Botswana. Elle est ainsi co-auteure de quatre ouvrages de non-fiction écrits en collaboration avec Mark Owens : Cry of Kalahary (1984), The Eye of the Elephant (1992), Survivor’s Song (1994) et Secrets of the Savanna (2006). Le premier roman de Delia Owens, intitulé Where the Crawdads Sing, paraît originellement en août 2018 aux États-⁠Unis. Il connaît un succès commercial important et fait partie de la liste combinée des quinze meilleures ventes de livres (reliés, brochés et numériques) du New York Times pendant plus de quatre-vingt-dix semaines[1]. Le roman est en outre … Continuer la lecture de « Là où chantent les écrevisses de Delia Owens, un portrait sémillant des marais »

Mon frère de Jamaica Kincaid, l’impuissance d’un homme face à sa condition

Copyright : Éditions de L'Olivier

Le deuil est un thème récurrent en littérature car toute personne, quels que soient son âge, son genre, sa race, sa classe sociale, sa religion et ses origines, expérimente un jour cette épreuve singulière. Ainsi bien qu’un nombre incommensurable de textes explorent cette affliction, chacun d’entre eux demeure unique de par sa structure littéraire, son écriture et sa portée puisque le deuil est propre à tout être, différent en toute situation et relève de la sphère émotionnelle individuelle. Jamaica Kincaid, écrivaine antiguaise née en 1949, offre avec Mon frère, récit paru en France en 2000 au sein des éditions de L’Olivier, un texte à caractère autobiographique dans lequel elle traite de la mort de son plus petit frère, un trentenaire … Continuer la lecture de « Mon frère de Jamaica Kincaid, l’impuissance d’un homme face à sa condition »

Le Cœur à rire et à pleurer de Maryse Condé, les « contes vrais » d’une enfance guadeloupéenne

Copyright : Robert Laffont

Écrivaine de renom née en 1937, Maryse Condé n’a cessé tout au long de son œuvre littéraire de dessiner le portrait sociétal des Antilles françaises. Ses textes à caractère autobiographique, dont Le Cœur à rire et à pleurer : contes vrais de mon enfance (1999), La Vie sans fards (2012) et Mets et Merveilles (2015), sont particulièrement révélateurs des divisions économiques, sociales et raciales existant en Guadeloupe au cours du XXe siècle. Le Cœur à rire et à pleurer, paru dans son édition princeps au sein du catalogue des éditions Robert Laffont, pose un regard singulier sur cet archipel caribéen pendant les années 1940 et 1950 où Maryse Condé, née Maryse Boucolon, grandit entourée des siens, la dernière d’une fratrie de … Continuer la lecture de « Le Cœur à rire et à pleurer de Maryse Condé, les « contes vrais » d’une enfance guadeloupéenne »