Maryse Condé, prix Nobel alternatif de Littérature 2018

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L’année 2018 est singulière en ce qui concerne le prix Nobel de la Littérature, notamment à cause du scandale qui règne autour d’un des membres de l’Académie Nobel[1]. L’attribution de ce prix prestigieux est annulée ; une « Nouvelle Académie » est néanmoins composée afin d’honorer malgré tout un écrivain pour l’ensemble de son œuvre.

Au mois d’octobre 2018, il est donc question de délivrer un prix Nobel alternatif de Littérature, aussi appelé par les anglophones The New Academy Prize. Le récipiendaire de ce prix est annoncé dans une bibliothèque de Stockholm après un processus d’évaluation triple. Contrairement aux délibérations secrètes du jury Nobel, la Nouvelle Académie a d’abord pu profiter du concours de bibliothécaires suédois pour sélectionner une liste de quarante-sept auteurs. Ces derniers ont vu leur nombre réduit à quatre par un vote public : les finalistes sont alors Maryse Condé, écrivaine française née en 1937 ; Neil Gaiman, écrivain britannique né en 1960 ; Murakami Haruki, écrivain japonais né en 1949 ; et Kim Thúy, écrivaine canadienne née en 1968 au Vietnam. Le lauréat est décidé par un jury d’experts de la Nouvelle Académie.

Le prix Nobel alternatif de Littérature (parfois surnommé « Prix littéraire de la Nouvelle Académie ») revient ainsi cette année à Maryse Condé, une romancière française de renom – un rayonnement sans pareil pour la Guadeloupe et les Antilles françaises.

Une œuvre littéraire conséquente

Maryse Condé, née Maryse Boucolon, est une écrivaine née en 1937 à Pointe-⁠à-⁠Pitre en Guadeloupe. À l’âge de seize ans, elle s’installe à Paris et, suite à l’obtention de son diplôme au lycée Fénélon, elle s’inscrit à l’université de la Sorbonne pour obtenir une licence d’anglais. Durant ses jeunes années, Maryse Boucolon écrit déjà quelques textes pour des revues universitaires.

À la fin des années 1950, Maryse Boucolon rencontre celui qui deviendra son premier mari, Mamadou Condé, acteur guinéen jouant dans la pièce en trois actes de Jean Genet intitulée Les Nègres. Elle devient alors « Maryse Condé » et s’envole vers le continent africain. Maryse Condé vit successivement en Côte d’Ivoire, en Guinée, au Ghana et au Sénégal. En 1969, Maryse Condé rencontre au Sénégal celui qui deviendra en 1981 son second mari, Richard Philcox, professeur et traducteur littéraire britannique.

Bien qu’elle ait poursuivi des études à la Sorbonne dans les années 1950, Maryse Condé décide de compléter sa formation initiale au début des années 1970. Elle soutient un mémoire de maîtrise dans cette même université en 1974. Puis, sous la direction de René Étiemble (1909-2002), essayiste, romancier et universitaire français promoteur des cultures du Moyen-Orient et d’Asie, Maryse Condé passe un doctorat en littérature comparative. L’auteure axe sa thèse sur le stéréotype du Noir dans la littérature des Antilles françaises.[2].

Maryse Condé commence véritablement sa carrière d’écrivaine dans les années 1970 avec l’écriture de pièces de théâtre telles que Dieu nous l’a donné et Le Morne de Massabielle, tout en enseignant dans l’université française et dans de nombreuses universités états-⁠uniennes des années 1970 à 2005. L’écrivaine connaît un succès international avec Ségou, une œuvre publiée dans son édition princeps chez Robert Laffont sous deux volumes, Les Murailles de terre en 1984 et La Terre en miettes en 1985.

Maryse Condé reçoit de nombreuses distinctions littéraires tout au long de sa carrière dont le prix Puterbaugh décerné aux États-Unis en 1993 pour l’ensemble de son œuvre, le prix de l’Académie Française en 1988 pour son roman La Vie scélérate, le prix Marguerite Yourcenar en 1999 pour son récit Le Cœur à rire et à pleurer et, bien sûr, le prix Nobel alternatif de Littérature 2018.

Dans ses textes, Maryse Condé s’intéresse essentiellement aux ravages du colonialisme et aux héritages de l’Histoire pour les populations antillaises et africaines. Parmi ses sujets de prédilection, on retrouve la question du genre, celle de la race et celle de la classe sociale. Son dernier ouvrage, à ce jour, est paru au mois de mai 2017 aux éditions JC Lattès. Il s’intitule Le Fabuleux et Triste Destin d’Ivan et d’Ivana. Sa traduction en langue anglaise est disponible au mois de mai 2020 chez World Editions grâce au concours de Richard Philcox.

Notes    [ + ]

  1. Andrew Brown. The ugly scandal that cancelled the Nobel prize in The Guardian. 17 juillet 2018. URL : https://www.theguardian.com/news/2018/jul/17/the-ugly-scandal-that-cancelled-the-nobel-prize-in-literature
  2. Maryse Condé. Stéréotype du Noir dans la littérature antillaise : Guadeloupe-Martinique. Paris, 1976. URL : http://maryse-conde.manioc.org/stereotype-du-noir-dans-la-litterature-antillaise-guadeloupe-martinique

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