Rentrée littéraire 2021 – Seghers

Rentrée littéraire 2021 - Seghers
Copyright : Seghers

Faisant suite à la réorganisation du groupe Editis, les éditions Seghers offrent en cette rentrée littéraire trois ouvrages singuliers, deux d’expression française d’écrivain.e.s bien connu.e.s du groupe d’édition, et un d’expression anglaise publié pour la première fois dans sa langue originelle il y a près de soixante-dix ans aujourd’hui.

Une rentrée française

Héloïse Guay de Bellissen, auteure l’année dernière d’un récit intitulé Le Dernier Inventeur s’intéressant au destin de vie de Simon Coencas (1927-2020), co-découvreur de la grotte de Lascaux en 1940, compose cette fois un ouvrage s’inspirant d’une Histoire souvent oubliée. Au XIXe siècle, de nombreux enfants sont emprisonnés dans des bagnes pour mineurs, des bagnes autorisés par Napoléon III lui-même. Ces êtres vulnérables, dotés de « malchance », décident un beau jour de prendre leur destin en main. Crions, c’est le jour du fracas est ainsi le roman de leur révolte.

À la fois réalisateur, scénariste et écrivain, Bertrand Blier tisse dans Fragile des bronches une intrigue qui traite en filigrane du milieu du cinéma qu’il a si bien connu. Son personnage principal, Jean-Michel Céleste, n’est autre qu’un adolescent, adulte en devenir, qui voit souffrir sa mère. Pour redonner un souffle à leur vie, les deux êtres partent séjourner quelque temps à la montagne, certains qu’un grand bol d’air frais leur ferait du bien. Mais c’est l’occasion pour la mère de faire une rencontre décisive qui conduira Jean-Michel à recontacter son père, un acteur souvent absent car en tournée…

Crions, c’est le jour du fracas de Héloïse Guay de Bellissen

Crions, c’est le jour du fracas
TitreCrions, c’est le jour du fracas
Auteure Héloïse Guay de Bellissen
Éditeur Seghers
ISBN139782232145186
ISBN102232145182
Date de parution19 août 2021
Prix prévisionnel19,00 €
Description de l’éditeur :

1850 : Napoléon III autorise la création de bagnes privés pour mineurs. 1861 : une soixantaine de garçons sont acheminés à la colonie pénitentiaire de l’île du Levant, au large d’Hyères. Derrière le projet éducatif annoncé, les enfants, coupés du reste du monde, corvéable à merci, sont broyés par une discipline de fer. 1866 : que pouvaient-ils faire d’autre que se révolter ?

« Je me présente, je suis la flamme d’un incendie, je suis née pour carboniser, achever, étouffer le jour, éclairer la nuit, manger des oiseaux, piquer la vedette au soleil, brûler jusqu’au ciel. Et beaucoup d’autres choses encore. Alors si vous aimez les histoires qui se terminent bien, vous soufflez sur la mauvaise chandelle.
Tout a commencé en 1866, le 3 octobre pour être exact. J’ai été déposée par la foudre sur une île pour effectuer mon baptême du feu. Ma surprise fut immense quand j’ai découvert que j’étais tombée dans un pénitencier pour enfants. Ça se faisait beaucoup à l’époque, suffisait d’être pupille de la nation, vagabond, délinquant, ou être vraiment, vraiment mal né, pour y atterrir. Alors forcément quand j’ai débarqué, j’ai su qu’eux et moi allions faire de grandes choses.
Là, tout de suite, les noms, Condurcer, Le Troué, Boule de neige, ou encore Sabine ne vous disent rien, mais approchez, tendez l’oreille et vous les entendrez parce que dans l’arbre généalogique du monde ils sont vos enfants ancêtres. Ils sont à la fois ce que vous avez été et ce que vous êtes : des prisonniers de l’enfance et des révoltés. »

Post-Scriptum : Vous saviez que vous les humains possédiez une cabane intérieure où je peux mettre le feu et vous enflammer ? Vous savez que dalle, mais vous allez bientôt le savoir.

*

Extrait du Courrier Marseillais, décembre 1866 :

On lira avec un pénible et douloureux intérêt les détails sur le déplorable drame du pénitencier de l’île du levant, dont les jeunes acteurs se sont montrés aussi audacieux et aussi profondément pervertis que peuvent être des hommes endurcis dans le crime. Rien n’a manqué à un complot qui épouvante l’imagination, l’assassinat, l’incendie, une atroce vengeance exercée sur ceux qui n’avaient pas voulu s’associer à un plan médité depuis deux mois. La précocité des passions brutales, tout est venu donner, surtout à cause de l’âge des insurgés, la plus sinistre physionomie qui se soit passé sur l’île du levant.

Fragile des bronches de Bertrand Blier

Fragile des bronches
TitreFragile des bronches
Auteur Bertrand Blier
Éditeur Seghers
ISBN139782232145193
ISBN102232145190
Date de parution19 août 2021
Prix prévisionnel19,00 €
Description de l’éditeur :

Jean-Michel Céleste est fils d’acteur. Sa mère, Gisèle, est malheureuse, elle est trompée par son mari, toujours en tournée, elle a même essayé de se jeter par la fenêtre, rattrapée in extremis. Souvent couchée, elle dépérit, le neurologue lui rend régulièrement visite.
Jean-Michel, à quinze ans, grandit sans enthousiasme, malade un jour sur deux, des quintes de toux à n’en plus finir. Il aime écouter sa mère jouer du Chopin... Le médecin recommande qu’ils aillent passer quelques temps à la montagne, tous les deux, car à sa mère aussi le grand air devrait faire le plus grand bien.
Ils prennent le train (encore à vapeur, dans les années 50), gare de Lyon direction Le Fayet. À la montagne, le taxi serpente à travers la forêt et les dépose devant l’établissement qui accueille Jean-Michel. Il voit avec une certaine tristesse sa mère partir ; puis découvre son chalet, et rencontre le directeur, un homme plus que sévère, injuste. Heureusement, il y a là une jolie fille, dans un second chalet, Nicole. Et heureusement, il peut retrouver sa mère, sur les pistes. Et déjeuner avec elle à l’hôtel Arbois Bettex. De la terrasse, les jours de beau temps, on peut voir le Mont-Blanc. Quand on y trouve une place... Un jour, un homme leur propose de s’assoir à sa table.
Dès le début Jean-Michel sait qu’il va détester ce type de cinquante ans, trop bronzé, avec trop de dents, un type annonciateur de malheurs... De fait, une relation naît entre cet homme et sa mère. Et Jean-Michel voit des choses qu’il n’aurait pas dû voir... Il décide alors d’appeler son père à la rescousse...
L’acteur débarque à la gare avec sa valise, comme un cowboy. Avec une certaine inquiétude, Jean-Michel s’interroge sur l’issue de l’affrontement, il ne peut imaginer que lui et son père finiront bientôt à Nice, aux studios de la Victorine, en compagnie d’un géant du cinéma, et que sa vie sera marquée à tout jamais par cette rencontre...

Une rentrée étrangère

Les éditions Seghers republient au mois de septembre de cette année un ouvrage à caractère autobiographique de Langston Hughes, célèbre poète, romancier, dramaturge, activiste et chroniqueur afro-américain ayant contribué au mouvement intellectuel et culturel de la Renaissance de Harlem. Publié en 1940, Les Grandes Profondeurs (The Big Sea) retrace la petite enfance de l’écrivain, son adolescence et ses premières années en tant qu’artiste minoritaire à New York et à Paris. Langston Hughes commente en ce texte l’injustice raciale systémique qu’il constate autour de lui aux États-Unis.

Les Grandes Profondeurs de Langston Hughes

Les Grandes Profondeurs
TitreLes Grandes Profondeurs
Titre originalThe Big Sea
Auteur Langston Hughes
Éditeur Seghers
ISBN139782232145209
ISBN102232145204
Date de parution16 septembre 2021
Prix prévisionnel22,00 €
Nombre de pages400
Description de l’éditeur :

« La littérature est une grande mer où nagent toutes sortes de poissons. J’y ai jeté mes filets. Et je continue de pêcher. » Écrite en 1940, publiée par Seghers en 1947, l’autobiographie du grand poète noir américain Langston Hughes est à redécouvrir, en même temps que son auteur, un écrivain majeur et méconnu en France.

Comme premier écrivain noir américain à vivre de sa plume, Langston Hugues a joué un rôle fondamental dans l’histoire de la culture au nouveau monde. En France, Pierre Seghers a publié ses mémoires en 1947, sans grand succès, ni postérité. Pourtant, The Big Sea est une œuvre littéraire de grande qualité, pleine de style, de vie, de vérité, d’humour. C’est aussi un document exceptionnel, sur la jeunesse mouvementée d’un grand écrivain, sur le sort des noirs américains au début du siècle dernier, sur les « Roaring Twenties », la « Black Renaissance »... Un récit d’apprentissage attachant, un croisement picaresque entre Fitzgerald, Baldwin et Fante... Événement éditorial lors de sa parution et désormais considéré comme un classique aux USA, cet ouvrage est un trésor oublié du catalogue Seghers.
Né dans le Missouri en 1902, Langston Hughes a mené une vie aventureuse. Une enfance itinérante : il est écartelé entre sa mère, femme lettrée, mais toujours en quête de menues tâches pour survivre et de ce fait amenée à changer sans cesse de domicile comme d’Etat (avant sa douzième année, Langston a déjà parcouru une grande partie du territoire américain, du Kansas au Nevada, de l’Illinois au Colorado...), et son père, qui a fui les USA pour le Mexique afin de monter des affaires sans avoir souffrir de discrimination raciale. Après quelques temps passés à ses côtés au Mexique (le jeune Langston sera professeur d’anglais dans une école pour jeunes filles), il obtiendra que son père lui finance des études à l’Université de Columbia (NYC). Et s’essaiera avec succès à la poésie, bientôt publié dans des revues. Mais le goût de l’aventure et le besoin d’indépendance le pousseront à tout abandonner. Il enchaine les petits métiers : garçon de courses chez un chapelier, groom, employé chez un maraîcher, chez un fleuriste, sans jamais cesser d’écrire. Enfin, il embarque sur un vieux rafiot ancré sur l’Hudson river. Ainsi commence une vie de bourlingue qui le conduira sillonner le monde comme matelot a bord de navires de commerce naviguant entre l’Europe et l’Afrique...
Les deux étapes les plus marquantes de cet Odyssée juvénile seront Paris et Harlem. Vivre dans la capitale française était un rêve. Ce sera aussi une dure réalité. Cuisinier, garçon, portier de nuit dans les restaurants ou les boîtes de Pigalle tenus par des Noirs Américains, il côtoie la misère, mais aussi les musiciens, les danseuses, les noceurs... Paris est alors le centre du monde.
Les péripéties d’un voyage en Italie l’obligeront à regagner les États-Unis. Et ce sera sa chance. Jeune auteur plein de promesses, il se retrouve à Harlem quand le jazz et la culture noire deviennent l’attraction majeure du pays et que les blancs les plus riches et célèbres de New York et du monde se ruent au cœur de la cité noire, pour s’y enivrer dans les clubs, et s’y laisser inspirer... En compagnie de quelques-uns, intellectuels noirs, il participera, à travers revues et publications diverses, à ce mouvement qui portera le nom de « Renaissance de Harlem ». Et toujours l’écriture, de poésies, nouvelles, romans, articles. Le rêve de la Renaissance noire prendra fin avec la crise de 1929, mais le jeune poète aventurier sera alors devenu Langston Hughes.

Une sélection éclectique

Les éditions Seghers donnent en somme à lire une sélection d’ouvrages dont l’univers est bien défini. Les protagonistes de ces livres, fictifs ou réels, se retrouvent confrontés à une situation bloquante voire inintelligible qu’ils tentent par tous les moyens de simplifier par la fuite ou la révolte, le concours d’autrui, l’écriture ou la littérature.

Notons également les parutions à venir au mois de septembre prochain aux éditions Seghers, des nouvelles éditions des recueils de poésie suivants : Il ne m’est Paris que d’Elsa et La Diane française de Louis Aragon, L’Immaculée Conception d’André Breton et Paul Éluard et Derniers poèmes d’amour de Paul Éluard.

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