Rentrée littéraire 2021 – Verdier

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La rentrée littéraire 2021 des éditions Verdier se concentre autour de cinq ouvrages : parmi eux, trois sont d’expression française, ceux de Rebecca Gisler, Antoine Wauters et Sandra Lucbert ; deux sont d’expression dite « étrangère », ceux de Wolfgang Hermann et d’Antonio Moresco.

Une rentrée française

Dans son premier roman intitulé D’oncle, Rebecca Gisler s’intéresse de façon singulière aux relations familiales : une femme tente d’éclaircir le mystère qu’est son oncle. Cette nièce, aussi narratrice de l’histoire, rentre ainsi dans l’intimité de cet homme maniéré pour mieux en saisir les étrangetés et les habitudes.

Antoine Wauters offre dans Mahmoud ou la Montée des eaux le récit insolite d’un homme d’un certain âge, en Syrie, ramant seul à bord d’une barque sur une large étendue d’eau. Cette traversée marine lui donne l’occasion de se plonger à nouveau dans sa vie passée, une vie d’amour et de souffrances, imprégnée d’une inépuisable soif de liberté.

Publié dans « La Petite Jaune », Le Ministère des contes publics de Sandra Lucbert, auteure en 2020 de Personne ne sort les fusils aux éditions du Seuil, est un petit traité politique sur comment débanaliser aussi la pensée capitaliste par la langue. L’objectif est d’éviter que cette pensée ne devienne de l’ordre du « commun » et de permettre la désobéissance civile.

D’oncle de Rebecca Gisler

D’oncle
TitreD’oncle
Auteure Rebecca Gisler
Éditeur Verdier
Collection Chaoïd
ISBN139782378561130
ISBN10237856113X
Date de parution26 août 2021
Prix prévisionnel15,00 €
Nombre de pages128
Description de l’éditeur :

D’oncle raconte l’histoire d’un oncle. D’un homme-limite jamais grandi, coincé depuis cinquante ans quelque part en enfance et au bord de la mer, au bout du monde. À la faveur de circonstances exceptionnelles, d’une réclusion forcée peut-être, la narratrice est amenée à observer de près cet homme à l’hygiène douteuse, aux manies bizarres, à la santé défaillante, aux proportions anormales, définitivement trop petit, trop gros et trop boiteux pour ce monde. Elle lui tourne autour, tente d’éclaircir ce qui a tout l’air d’un mystère, bute sur de grands pans d’oubli familial, sur les tracasseries d’un quotidien impossible et d’un avenir incertain. Elle spécule. Se livre à un nécessaire délire au contact de cet oncle planté là comme un défi à toute espèce de conformité. En filigrane, c’est le portrait d’une famille et d’une époque qui se dessine. Biscornues comme toutes les familles et toutes les époques. Ou disons un peu plus. Mais il faudra se garder des conclusions hâtives. Ce petit brin d’oncle traîne la patte sur une frontière ténue.

Avec ce premier roman, Rebecca Gisler propose une écriture entomologiste, intriguée et amusée, qui vise à faire le tour d’un sujet aussi étrange que fascinant : un oncle.

Mahmoud ou la Montée des eaux d’Antoine Wauters

Mahmoud ou la Montée des eaux
TitreMahmoud ou la Montée des eaux
Auteur Antoine Wauters
Éditeur Verdier
Collection Collection jaune
ISBN139782378561123
ISBN102378561121
Date de parution26 août 2021
Prix prévisionnel15,20 €
Nombre de pages128
Description de l’éditeur :

Syrie. Un vieil homme rame à bord d’une barque, seul au milieu d’une immense étendue d’eau. En dessous de lui, sa maison d’enfance, engloutie par le lac el-Assad, né de la construction du barrage de Tabqa, en 1973. Fermant les yeux sur la guerre qui gronde, muni d’un masque et d’un tuba, il plonge – et c’est sa vie entière qu’il revoit, ses enfants au temps où ils n’étaient pas encore partis se battre, Sarah, sa femme folle amoureuse de poésie, la prison, son premier amour, sa soif de liberté.

Le Ministère des contes publics de Sandra Lucbert

Le Ministère des contes publics
TitreLe Ministère des contes publics
Auteure Sandra Lucbert
Éditeur Verdier
Collection La Petite Jaune
ISBN139782378561178
ISBN102378561172
Date de parution16 septembre 2021
Prix prévisionnel7,00 €
Nombre de pages144
Description de l’éditeur :

Il est une part des combats politiques qui se mène dans la langue. Le c’est comme ça d’une société n’existe pas sans routinisation langagière, et s’il exprime en fait le triomphe d’un groupe sur les autres, il parle à tout le monde, dominés et dominants, comme s’ils y gagnaient également. Ainsi se trouve verrouillé l’effet des structures – dans notre cas : l’ordre du monde capitaliste. La propriété privée des moyens de production, la subordination salariale, la délocalisation, l’existence des marchés financiers : le c’est ainsi néolibéral n’est pas séparable de sa naturalisation par la parole.
Pour que s’opèrent des conversions du regard politique, il faut donc aussi perturber la courroie de distribution machinale du sens.
Le sens commun charrie en effet des « raisons » économiques dont la technicité – parfaitement opaque aux non économistes –, relève d’un univers réservé. Nous les parlons couramment sans en saisir les visées ; elles se saisissent de nous à proportion qu’on en ignore.
Parmi les opérateurs de cet escamotage des affaires de la cité, l’impératif de remboursement de la dette publique fait spécialement figure de croque-mitaine : il suffit d’en appeler à elle pour que les décisions les plus aberrantes et (la COVID l’a montré) les plus meurtrières, se trouvent instantanément justifiées, ou plus exactement retirées à l’examen et à la discussion collective. L’incompréhensible vire de fait à l’indiscutable par l’entremise d’un appareil discursif, un « disque », selon les termes d’Orwell, qui ventriloque tout le corps social.
Ce livre s’attaque à l’un de ses morceaux les plus fameux : le discours automatique de retour à l’équilibre des finances publiques. Le Ministère des contes publics est énoncé d’un seul tenant, comme tous les discours automatiques : forme-phrases aux composantes accolées par l’habitude. Son efficace est celle d’un réflexe ; à tant le dire, à tant l’entendre, à tant le répéter, on ne s’avise plus guère de ce qu’il est. Et de ce qu’il nous fait.

Une rentrée étrangère

Dans Monsieur Faustini part en voyage, Wolfgang Hermann, traduit de l’allemand vers le français par Olivier Le Lay, conte l’histoire d’un certain Monsieur Faustini, homme au quotidien bien rangé, dont la routine satisfait toutes les envies. Du moins, le croit-il… car Monsieur Faustini est bientôt de plus en plus attiré par l’extérieur. Par l’inattendu.

Antonio Moresco, traduit de l’italien vers le français par Laurent Lombard, réinvente les codes littéraires classiques dans son roman intitulé en France Les Ouvertures. Il entraîne ses lecteur.rice.s à travers les expériences d’un narrateur à trois moments distincts de sa vie, permettant de sorte de contempler en filigrane notre monde à trois dates données.

Monsieur Faustini part en voyage de Wolfgang Hermann

Monsieur Faustini part en voyage
TitreMonsieur Faustini part en voyage
Titre originalHerr Faustini bleibt zu Hause
Auteur Wolfgang Hermann
Traducteur Olivier Le Lay
Éditeur Verdier
Collection Der Doppelgänger
ISBN139782378561147
ISBN102378561148
Date de parution26 août 2021
Prix prévisionnel16,50 €
Nombre de pages128
Description de l’éditeur :

Monsieur Faustini habite Hörbranz, une petite bourgade sur les hauteurs du lac de constance. Célibataire retraité, il vit seul avec son chat. Il porte depuis des années le même veston avec lequel il a fini par « ne plus faire qu’un », et qui est devenu « sa demeure, son repaire, sa carapace, sa livrée de paon ». De temps en temps, Monsieur Faustini prend l’autobus et se rend à Bregenz, la grande ville toute proche, où il se promène au bord du lac. Il parle parfois avec des inconnus qui lui entrouvrent des perspectives d’aventure auxquelles il ne donnera pas suite. Un passage chez le coiffeur (en l’occurrence une séduisante coiffeuse) lui procure assez d’émotions pour toute une semaine.
À cet antihéros esquissé avec une tendre ironie, l’auteur réserve des surprises propres à le déstabiliser de plus en plus, pour notre plus grand plaisir. Après l’avoir promené dans des décors autrichiens de carte postale, et lui avoir fait endurer quelques péripéties de la vie de province, il va conduire Faustini de plus en plus loin de son cher pays natal. Des émotions trop fortes le conduiront à abandonner son veston – autant dire, à perdre la tête.
Le roman qui a commencé comme une satire de la banalité la plus absolue s’achève dans un étrange délire : Monsieur Faustini, qui se met à rêver d’Afrique, devient la proie de la fiction la plus débridée.
Lointain frère en miniature de l’illustre Faust, le Faustini de Wolfgang Hermann a tellement séduit les lecteurs que l’auteur en a fait, après celui-ci, le héros de toute une série de romans pleins de malice et de finesse.
Dans la littérature récente de langue allemande, peu de livres sont aussi divertissants que ce petit chef-d’œuvre d’humour et de fantaisie.

Les Ouvertures d’Antonio Moresco

Les Ouvertures
TitreLes Ouvertures
Titre originalCanti del caos
Auteur Antonio Moresco
Traducteur Laurent Lombard
Éditeur Verdier
Collection Terra d'altri
ISBN139782378560461
ISBN10237856046X
Date de parution9 septembre 2021
Prix prévisionnel31,00 €
Nombre de pages704
Description de l’éditeur :

Trois moments de la vie du narrateur, trois ouvertures dans l’obscurité d’une existence, scandent ce récit troublant et vertigineux : les années de séminaire, celles de l’activisme politique et celles des débuts de sa vocation littéraire. Cette épopée individuelle retrace une lente et douloureuse tentative de renaissance qui puise sa vitalité dans le dérèglement des perspectives et l’obsession du franchissement des limites - autant de jeux de l’éternité susceptibles de transfigurer le monde.
Les trois expériences peuvent être vues comme trois tableaux de notre histoire récente : les années cinquante-soixante, pesantes et silencieuses, qui précèdent les explosions, les luttes et les tumultes des années soixante-dix venues clore une époque inaugurée avec les grandes révolutions politiques des dix-huit et dix-neuvième siècles ; enfin les années quatre-vingt et quatre-vingt-dix, fascinantes et spectrales, qui amorcent le déploiement furieux de la modernité.

Porté par une prose imagée inventive et foisonnante, presque hypnotique, ce roman apparaît d’une originalité exceptionnelle dans le paysage littéraire contemporain.

Une rupture, une réinvention

Les éditions Verdier, par cette sélection d’ouvrages, proposent en somme de revisiter notre temps à travers des protagonistes, réels ou fictifs, dont l’essence véritable nous est révélée avec éloquence et subtilité.

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