Rentrée littéraire 2022 – Sabine Wespieser

Copyright : Sabine Wespieser

La rentrée littéraire 2022 des éditions Sabine Wespieser offre en lecture trois ouvrages singuliers, d’expressions française et anglaise, parmi lesquels figure le premier roman de Sarah Jollien-⁠Fardel.

Une rentrée française

La rentrée dite française des éditions Sabine Wespieser décrit avec subtilité et force la complexité des liens qui unissent les membres d’une même famille.

Ainsi Kéthévane Davrichewy conte à travers l’histoire d’une famille franco-géorgienne, un couple et leurs deux filles, la façon dont une relation humaine peut progressivement, à la mesure de moult épisodes semblant insignifiants, se ternir.

Sarah Jollien-⁠Fardel s’intéresse quant à elle aux accès de grande violence morale, physique, sexuelle que peut avoir un père de famille envers ses propres enfants, conduisant tragiquement l’une d’entre elles à se refuser à la vie.

Nous nous aimions de Kéthévane Davrichewy

Nous nous aimions
TitreNous nous aimions
Auteure Kéthévane Davrichewy
Éditeur Sabine Wespieser
Collection Littérature
ISBN139782848054575
ISBN102848054573
Date de parution25 août 2022
Prix prévisionnel18,00 €
Nombre de pages192
Description de l’éditeur :

Pendant des années, Kessané et sa sœur ont passé une partie de leurs étés en Géorgie, chez leurs grands- parents. Même quand la situation politique est devenue instable, leur mère, Daredjane, tenait à ne pas les couper de son pays natal, qu’elle avait quitté pour s’installer en France avec son mari. Ainsi, tous les étés des années 1980, la même scène se reproduisait à l’aéroport de Moscou, au retour des vacances : les douanières soviétiques fouillaient les valises, menaçaient, terrorisaient les filles, ne manquant jamais de rappeler à Daredjane qu’ici, elle était soviétique, pas française, jusqu’à ce qu’enfin elles les laissent monter dans leur avion pour Paris. Leur père, Tamaz, d’origine géorgienne lui aussi, issu de l’émigration de ses parents en 1921, les y attendait. La famille se retrouvait, reprenant le cours paisible des jours, dans leur pavillon du Vésinet. Bien longtemps après, Daredjane contemple tristement le portrait de Tamaz. Son mari est mort depuis dix ans déjà et elle ne parvient pas à surmonter son chagrin. Dans la belle maison de Kessané en Provence, elle se sent seule, étrangère, tout est trop raffiné, trop loin d’elle et de la simplicité dans laquelle elle a élevé ses filles. Elle reproche à Kessané, devenue une brillante journaliste, de ne pas lui témoigner assez de compassion, de négliger sa sœur, d’être dure. La mort de Tamaz a fait voler en éclats l’harmonie passée, les sœurs, qui furent si proches, se sont éloignées l’une de l’autre. Les raisons de ce désamour, Kéthévane Davrichewy va dès lors tenter de les élucider à la lumière des souvenirs heureux. Tout était si simple avant, et si romanesque : le coup de foudre de Tamaz pour Daredjane, venue se produire au théâtre des Champs-Élysées avec le Ballet de Géorgie ; la détermination de la belle danseuse à venir le rejoindre à Paris, alors qu’elle était repartie chez elle ; les vacances enchantées des filles avec leur mère dans la maison d’Abkhasie ; les premières amours de Kessané pour ce jeune Géorgien, un voisin de ses grands-parents… Alternant passé et présent la subtile romancière excelle à suggérer les failles, à scruter les dissonances – pourquoi Tamaz n’a-t-il jamais accompagné sa femme et ses filles en Géorgie ? – et surtout les silences : si on ne parlait pas de politique, encore moins devant les enfants, c’est pourtant sur fond d’exil et de guerre que s’est écrite l’histoire de cette famille apparemment si ordinaire. Comme autant d’ondes de choc, les drames de leur pays d’origine viennent alors se mêler au drame intime que vivent ces trois femmes soudain confrontées à leur solitude. Nous nous aimions est un très beau roman sur les infinies répercussions que nous fait vivre la perte de l’enfance.

Sa préférée de Sarah Jollien-⁠Fardel

Sa préférée
TitreSa préférée
Auteure Sarah Jollien-Fardel
Éditeur Sabine Wespieser
Collection Littérature
ISBN139782848054568
ISBN102848054565
Date de parution25 août 2022
Prix prévisionnel19,00 €
Nombre de pages200
Description de l’éditeur :

Dans ce village haut perché des montagnes valaisannes, tout se sait, et personne ne dit rien. Jeanne, la narratrice, y grandit en apprenant à éviter les accès de violence de son père, à les anticiper. Si sa mère et sa sœur se résignent à la déferlante des mots orduriers, aux coups, aux retours avinés, préludes à de nouvelles scènes, Jeanne, malgré la peur permanente, lui tient tête. Jusqu’au jour où, pour une réponse péremptoire prononcée avec toute l’assurance de ses huit ans, il la roue de coups. Quand arrive le médecin du village, appelé à son chevet, elle est convaincue que cet homme éduqué et bienveillant va mettre fin au cauchemar : mais, à l’instar des proches et des voisins rustauds, il fait comme si de rien n’était, comme si elle avait été victime d’une simple chute. Dès lors, son dégoût face à tant de lâcheté, et aussi son désir d’échapper à la terreur quotidienne vont servir de viatique à Jeanne. Grâce à la complicité d’une professeure, elle parviendra à s’inscrire à l’École normale d’instituteurs sans l’autorisation de son père. Cinq années de répit, dans la ville de Sion, loin du foyer familial. Mais le suicide de sa sœur agit comme une énième réplique de la violence fondatrice. Réfugiée à Lausanne, inadaptée sociale, la jeune femme, que le moindre bruit fait encore sursauter, trouve une forme d’apaisement dans ce nouvel exil volontaire, et dans de longues séances de natation dans le lac Léman. Le plaisir de nager, découvert loin de son père, est le seul qu’elle parvienne à s’accorder. Habitée par sa rage d’oublier et de vivre, elle se construit une existence, s’ouvre aux autres, et s’autorise peu à peu une vie amoureuse. Dans une langue âpre, syncopée, Sarah Jollien-⁠Fardel dit avec force le prix à payer pour cette émancipation à marche forcée. Car le passé inlassablement s’invite, dans une attitude, un geste, un souvenir. Sa préférée est un roman puissant sur l’appartenance à une terre natale, où Jeanne n’aura de cesse de revenir, malgré son enfance gâchée, malgré sa colère, aimantée par son amour pour sa mère et la culpabilité de n’avoir su la protéger de son destin.

Une rentrée étrangère

La rentrée dite étrangère des éditions Sabine Wespieser s’intéresse de près à ce qui anime un homme incrédule vis-à-vis de son parcours, un homme, pourtant, de grande poésie en tous lieux.

Gabriel Byrne, également acteur, scénariste et réalisateur ici traduit par Diane Meur, relate son enfance et ses débuts de cinéaste dans un mémoire touchant de près à ses émotions, notamment à son mal-être quant au succès que lui procure sa carrière.

Mes fantômes et moi de Gabriel Byrne

Mes fantômes et moi
TitreMes fantômes et moi
Titre originalWalking with Ghosts
Auteur Gabriel Byrne
Traductrice Diane Meur
Éditeur Sabine Wespieser
Collection Littérature
ISBN139782848054551
ISBN102848054557
Date de parution8 septembre 2022
Prix prévisionnel22,00 €
Nombre de pages296
Description de l’éditeur :

Gabriel Byrne a grandi dans une famille modeste des faubourgs de Dublin, où il est né en 1950, l’aîné de six enfants : son père était tonnelier chez Guinness, sa mère infirmière. Enfant introverti, il a tôt trouvé refuge dans l’imaginaire, au milieu des collines qui entouraient alors la maison familiale, ou dans les salles de cinéma où l’emmenait sa grand-mère. À onze ans, il répond à l’appel de la prêtrise, se voyant déjà missionnaire. Mais il déchante vite, notamment quand il apprend que l’équipe de foot de Birmingham, ville la plus proche du séminaire où il va tout de même passer quatre années de sa jeune vie, a été reléguée en deuxième division Renvoyé pour rébellion, il se retrouve, à quinze ans, dans sa ville natale, y collectionne les petits boulots, et les échecs : « Je me sentais un raté, comme plombier et comme prêtre », écrit-il. Sa passion pour le cinéma et le théâtre, où il passe l’essentiel de son temps libre, l’encourage à surmonter sa timidité et à s’engager dans une troupe d’amateurs, décision qui change sa vie. Grâce au feuilleton Les Riordan, que le pays entier regardait toutes affaires cessantes sur l’unique chaîne de télévision, il devient vite une célébrité. Et John Boorman, qui l’a vu sur les planches à Dublin, lui propose bientôt un rôle dans Excalibur. Pourtant, son livre n’a rien de ces mémoires de star où s’enchaînent les anecdotes avantageuses. Bien au contraire : construisant son récit de manière non linéaire, Gabriel Byrne revient sans cesse à l’enfant qu’il a été, à son attachement pour sa famille, à l’évocation des figures excentriques qu’il côtoyait dans son quartier, avouant qu’elles ont été les premières à lui donner l’amour de la scène. Et quand, dans le récit surviennent des faits marquants de sa vie de comédien, c’est avec un humour discret mais constant qu’il les évoque : sa leçon d’équitation à Hyde Park, avec une Américaine jurant comme un charretier, qui se révélera être Ava Gardner ; sa cuite mémorable avec Richard Burton sur un balcon du palais Gritti à Venise, alors qu’il venait d’être défiguré lors d’un incident sur le tournage d’une série consacrée à Wagner. Il y jouait un petit rôle : « j’allais travailler avec quelques-unes des plus grandes stars du monde : Burton, Richardson, Olivier, Gielgud et Redgrave. Ou, du moins, j’allais pouvoir les regarder travailler. J’avais dix lignes à dire dans six pays différents. » Mal à l’aise avec la notoriété, au point de s’enfuir de Cannes, en 1995, au moment où tous les objectifs sont braqués sur lui lors de la projection d’Usual Suspects, Gabriel Byrne ne cache rien non plus, malgré une profonde pudeur, de ses dérives, de ses angoisses ni de son addiction à l’alcool. Remarquable par la qualité de sa prose et la fluidité de sa construction, ce livre poignant, où l’autodérision le dispute à une véritable force poétique, est une magnifique confession sur l’ambivalence de la gloire, en même temps qu’un très bel hommage aux êtres et aux paysages familiers à qui l’on doit tout.

Une affection de l’âme

Les éditions Sabine Wespieser nous proposent en somme de parcourir l’intimité d’êtres parfois défaits par leur passé et/ou leur quotidien, en quête d’un certaine tranquillité.

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