Napalm dans le cœur de Pol Guasch, ou comment vivre « libre »

Copyright : La Croisée

Imaginant un univers dystopique aux notes mystérieuses, Pol Guasch, traduit du catalan par Marc Audí, traite en son premier roman, intitulé Napalm dans le cœur dans l’édition française, d’une guerre dont on ne sait précisément l’origine, sinon qu’elle tient du bon vouloir d’une autorité souveraine ; elle est alors prétexte de violences sans pareilles et engendre la mort d’innombrables civil·es. En ces circonstances exceptionnelles, le narrateur de cette histoire, défait par son expérience traumatisante, envoie des lettres à l’homme qu’il aime pour se défaire quelque peu de l’invariabilité de sa situation : ces dernières lui permettent d’exprimer tout haut son émotion et son manque, mais aussi sa cruauté et son désir d’émancipation. Une guerre, une violence L’énonciation de Napalm dans le cœur démarre obscurément … Continuer la lecture de « Napalm dans le cœur de Pol Guasch, ou comment vivre « libre » »

Quand l’arbre tombe d’Oriane Jeancourt Galignani, une sensibilité aiguë

Copyright : Grasset

La collection « Le Courage » des éditions Grasset, dirigée par l’écrivain, poète et éditeur Charles Dantzig, propose un regroupement d’œuvres littéraires s’intéressant précisément à ce qu’est le courage et comment celui-ci se manifeste en littérature. Ainsi, dans son roman intitulé Quand l’arbre tombe paru en cette collection, Oriane Jeancourt Galignani nous invite à contempler la destinée d’un homme ayant résolument tenté de vivre en marge de la société, ayant néanmoins souffert émotionnellement du caractère dissonant de son essence véritable. Elle choisit, afin de rendre compte de son expérience, de conter la réunion de deux êtres qui lui ont été proches, de les faire échanger sur son unicité, puis réaliser que leurs maladresses d’antan n’ont été qu’humaines. Elle choisit surtout une écriture qui soit à … Continuer la lecture de « Quand l’arbre tombe d’Oriane Jeancourt Galignani, une sensibilité aiguë »

Houston-Osaka de Bryan Washington, une certaine rémission

Copyright : JC Lattès

D’abord auteur d’un recueil de nouvelles intitulé Lot en lequel il explore les notions d’identité, d’environnement familial, de communauté, de race et de classe sociale[1], Bryan Washington choisit de poursuivre ses obsessions littéraires dans un premier roman, ici traduit de l’anglais par Laurent Trèves, où il décrit la relation amoureuse, sentimentale, sexuelle que vivent deux hommes de race et classe différentes. Il y exploite l’inconfort de ses personnages pour montrer les effets des non-dits sur un couple et s’intéresse en filigrane à ce que signifie vivre « autre » en société et ce que peut signifier pour ces « autres » l’avènement d’une perturbation inéluctable. Une communication rompue L’énonciation de Houston-Osaka démarre par la voix de Benson, afro-américain issu d’une famille de classe moyenne résidant dans … Continuer la lecture de « Houston-Osaka de Bryan Washington, une certaine rémission »

Mise à feu de Clara Ysé, la morsure de l’absence

Copyright : Grasset

Également musicienne et chanteuse, auteure d’un EP intitulé Le monde s’est dédoublé en 2019, Clara Ysé offre en son premier roman une prose mêlant poésie et magie ainsi que douceur et violence, une prose empreinte d’un grand lyrisme par laquelle se révèle son amour pour l’art en général, la musique en particulier. Reprenant en son œuvre intitulée Mise à feu le motif littéraire du feu, un motif qui fait tendrement écho au premier roman de sa mère, l’écrivaine, psychanalyste et philosophe Anne Dufourmantelle[1], Clara Ysé s’intéresse au poids de l’absence sur la psyché d’un être à travers l’histoire de deux jeunes enfants oppressés par cette morsure sévère, un frère et sa sœur choisissant d’avancer ensemble, unis contre l’adversité. Une « vie en rose » éphémère … Continuer la lecture de « Mise à feu de Clara Ysé, la morsure de l’absence »

Rien ne t’appartient de Nathacha Appanah, naître femme, naître entravée

Copyright : Gallimard

Nathacha Appanah reprend en son huitième roman intitulé Rien ne t’appartient de nombreuses thématiques qui lui sont chères, que l’on retrouve dans l’ensemble de son œuvre littéraire. Il est ainsi question ici de la place que l’on donne aux « fantômes », aux souvenirs du passé ; de destins éprouvés, notamment d’une jeunesse maltraitée, délaissée, oubliée ; de l’impact des catastrophes naturelles sur la population qui les subit ; et des rêves, des désirs et aspirations de l’être. Embrassant ces différents sujets en son intrigue, l’écrivaine nous mène à la découverte de la destinée d’une femme sans âge, dont la mort du mari ravive de vagues réminiscences, dont l’histoire violente révèle la cruauté d’un lieu où l’on ne peut penser dévier de l’opinion politique imposée par … Continuer la lecture de « Rien ne t’appartient de Nathacha Appanah, naître femme, naître entravée »

Blizzard de Marie Vingtras, le temps d’une tempête

Copyright : L'Olivier

L’Alaska nourrit depuis toujours l’imaginaire de nombreuses notabilités littéraires et du cinéma en raison de son immensité, sa faible densité et ses paysages gelés. Cette région polaire fournit en effet un cadre naturel à la fois beau et hostile, où les êtres se tiennent nécessairement isolés et parcourent parfois plusieurs miles avant de rencontrer âme qui vive. C’est ainsi, sans doute, le décor idéal pour tout·e artiste souhaitant infuser en son œuvre des éléments de suspense, d’anticipation et de grande tension. C’est en tout cas le lieu où se déroule l’intrigue singulière de Blizzard : nous entraînant au cœur de cette contrée alaskaine, Marie Vingtras offre en son premier roman une histoire riche en rebondissements s’intéressant de près aux notions de perte … Continuer la lecture de « Blizzard de Marie Vingtras, le temps d’une tempête »

Apprendre à se noyer de Jeremy Robert Johnson, ou jusqu’où irions-nous par amour

Copyright : Cherche Midi

Jeremy Robert Johnson, traduit ici par Jean-⁠Yves Cotté pour les éditions du Cherche Midi, s’intéresse en son œuvre intitulée Apprendre à se noyer aux notions de deuil et de parentalité à travers l’histoire d’un homme qui, confronté au pire, reconsidère son entière existence. Une exploration en rivière Un homme et son fils font une expédition à visée initiatique sur la rivière. Le père voudrait de cette manière perpétuer ce que lui-même a reçu enfant de son géniteur, c’est-à-dire un ensemble d’enseignements qui permettraient au garçon de forger son identité, de connaître aussi ce qu’il est nécessaire de savoir pour vivre « homme ». L’aventure est de sorte une espèce de rituel de passage à l’âge adulte ou d’invitation à déserter l’enfance. La mère ne fait … Continuer la lecture de « Apprendre à se noyer de Jeremy Robert Johnson, ou jusqu’où irions-nous par amour »

Frère d’âme de David Diop, où la nuit, tous les sangs sont noirs

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Dans son deuxième roman intitulé Frère d’âme, David Diop décrit à travers l’histoire de ses deux protagonistes principaux, deux tirailleurs sénégalais enrôlés au sein des troupes françaises, la brutalité de la Grande Guerre. Par leurs destinées étroitement liées, le romancier nous interroge sur la notion complexe d’humanité : qui peut se dire « humain » en temps de guerre ? Et que dire d’un homme qui, soumis au désespoir, commet l’intolérable bien qu’agissant « libre », selon sa propre volonté ? Deux frères opposés L’intrigue de Frère d’âme démarre in medias res aux côtés d’Alfa Ndiaye pleurant la mort de Mademba Diop. Les deux hommes, vingtenaires, étaient « plus que frères » puisqu’ils se sont mutuellement choisis au plus tendre de leur jeunesse. De sorte, comme tous frères, Alfa et … Continuer la lecture de « Frère d’âme de David Diop, où la nuit, tous les sangs sont noirs »

Un jour ce sera vide d’Hugo Lindenberg, ou la futilité de toute chose

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Un jour ce sera vide porte en épigraphe la citation suivante de Nathalie Sarraute : « Ce bruit soudain de l’eau dans ce silence suspendu, ce serait comme un signal […]. »[1] Si Hugo Lindenberg choisit cette phrase tirée du cinquième tableau de Tropismes[2] en tant que paratexte de son roman, c’est qu’elle coïncide parfaitement avec son projet d’écriture. Le primo-⁠romancier crée ici un univers dans lequel de nombreux éléments de ce tableau apparaissent en tant que motifs de son œuvre ; parmi eux, le vide, le silence, le « froid soudain » et les méduses. Il reprend en outre des marqueurs importants du texte de Sarraute au sein de son intrigue, comme la temporalité estivale, ce dégoût indicible provoqué par une manifestation extérieure à soi et la présence … Continuer la lecture de « Un jour ce sera vide d’Hugo Lindenberg, ou la futilité de toute chose »

Carnaval d’Hector Mathis, des personnages hauts en couleur dans la « grisâtre »

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Écrivain français né en 1993, Hector Mathis grandit en banlieue parisienne et développe une véritable passion pour la musique et la littérature. Il compose des paroles de chansons, puis s’essaie à l’écriture littéraire alors qu’on lui diagnostique une maladie chronique le contraignant, à vingt-deux ans, à repenser son avenir. Il propose ainsi un premier roman intitulé K.O.[1] dans lequel le personnage principal, Sitam – dont le prénom n’est autre que le verlan de « Mathis » –, pris d’un élan fou pour la littérature et le jazz, tombe amoureux de la môme Capu dans un Paris déconstruit, dans une banlieue en ébullition. Hector Mathis reprend l’existence de ce même protagoniste au sein de Carnaval, un roman paru en cette rentrée automnale 2020 aux éditions … Continuer la lecture de « Carnaval d’Hector Mathis, des personnages hauts en couleur dans la « grisâtre » »