Frère d’âme de David Diop, où la nuit, tous les sangs sont noirs

Copyright : Seuil

Dans son deuxième roman intitulé Frère d’âme, David Diop décrit à travers l’histoire de ses deux protagonistes principaux, Alfa Ndiaye et Mademba Diop, tirailleurs sénégalais enrôlés au sein des troupes françaises, la brutalité de la Grande Guerre. Par leurs destinées étroitement liées, le romancier nous interroge aussi sur la notion complexe d’humanité : qui peut se dire « humain » en temps de guerre ? Et que dire d’un homme qui, soumis au désespoir, commet l’intolérable bien qu’agissant « libre », selon sa propre volonté ? Deux frères opposés L’intrigue de Frère d’âme démarre in medias res aux côtés d’Alfa Ndiaye pleurant la mort de Mademba Diop. Les deux hommes, vingtenaires, étaient « plus que frères » puisqu’ils se sont mutuellement choisis au plus tendre de leur jeunesse. De sorte, … Continuer la lecture de « Frère d’âme de David Diop, où la nuit, tous les sangs sont noirs »

Mauvaises herbes de Dima Abdallah, s’épanouir dans l’adversité

Copyright : Sabine Wespieser

Dima Abdallah est une écrivaine franco-libanaise née au Liban en 1977, installée en France dès 1989, l’année de ses douze ans. Son parcours singulier, terreau d’une culture métissée, n’est pas sans rappeler celui de l’héroïne principale de son premier roman intitulé Mauvaises herbes. La jeune fille, puis femme, que l’on suit de ses six ans à l’âge adulte, connaît les heures les plus sombres de son pays natal avant de s’envoler pour Paris elle aussi, laissant derrière elle son père. Un dialogue rompu Mauvaises herbes commence ainsi en 1983 à Beyrouth. La narratrice première de l’histoire est une fillette entourée de ses condisciples à l’école. Au loin, les détonations se font entendre : d’abord tout doucement, tel un bruit de fond ; puis … Continuer la lecture de « Mauvaises herbes de Dima Abdallah, s’épanouir dans l’adversité »

Histoire du fils de Marie-⁠Hélène Lafon, une mosaïque d’émotions

Copyright : Buchet/Chastel

Écrivaine française née en 1962, Marie-⁠Hélène Lafon compose une œuvre littéraire singulière dont on ne peut nier la littérarité. Cette romancière, nouvelliste et essayiste prête en effet une grande attention à la linguistique et peaufine soigneusement l’esthétique de ses textes. C’est nul doute une des raisons pour lesquelles elle choisit en tant qu’épigraphe de son dixième roman intitulé Histoire du fils une citation de Valère Novarina sur l’écriture comme matière organique, malléable : « Le langage est notre sol, notre chair. Je me représente toujours le chantier comme un creux, une ouverture du sol, et l’avancée d’un texte, sa progression, comme une marche en montagne. » Marie-⁠Hélène Lafon explore dans ce dernier roman les silences et non-dits d’une famille au moyen d’une énonciation fragmentée, mêlant le … Continuer la lecture de « Histoire du fils de Marie-⁠Hélène Lafon, une mosaïque d’émotions »

L’Ourse qui danse de Simonetta Greggio, une humanité animale, une animalité humaine

Copyright : Cambourakis

Les éditions du musée des Confluences de Lyon se sont associées avec les éditions Cambourakis afin de poursuivre leur collection intitulée « Récits d’objets », une collection originellement initiée en 2014 par Dominique Tourte et Cédric Lesec, aujourd’hui dirigée par Hélène Lafont-⁠Couturier et Cédric Lesec. Ce regroupement éditorial a la particularité de mettre en lumière un objet des collections du musée à travers un texte relativement succinct composé par un.e écrivain.e reconnu.e. Depuis 2020, Cambourakis se joint donc à cette entreprise romanesque et c’est l’écrivaine franco-italienne Simonetta Greggio qui inaugure leur participation. Dans L’Ourse qui danse, cette dernière offre une composition qui célèbre l’œuvre de Davie Atchealak (1947-2006), célèbre artiste inuit. Ours dansant II de Davie Atchealak Davie Atchelak est considéré comme l’un des artistes inuits les plus influents de son … Continuer la lecture de « L’Ourse qui danse de Simonetta Greggio, une humanité animale, une animalité humaine »

Des diables et des saints de Jean-⁠Baptiste Andrea, l’enfance dans ses moments les plus durs

Copyright : L'Iconoclaste

Jean-⁠Baptiste Andrea, écrivain, scénariste et réalisateur né en 1971, est désormais l’auteur de trois romans dans lesquels il s’intéresse chaque fois aux traumatismes de l’enfance. Le protagoniste principal de Ma reine (L’Iconoclaste, 2017) est un garçon dit « différent », en difficulté, que ses parents choisissent de placer en institut. Celui de Cent millions d’années et un jour (L’Iconoclaste, 2019), bien qu’adulte, est marqué par ses « monstres », sa vie de famille d’antan et ses relations avec autrui. Celui de Des diables et des saints (L’Iconoclaste, 2021) est un pianiste espérant l’avènement d’un miracle, défait par son passé. Jean-⁠Baptiste Andrea poursuit ainsi avec ce troisième roman son entreprise littéraire singulière. Une lettre ouverte Joe, soixante-neuf ans, se produit tous les jours dans l’ignorance du plus … Continuer la lecture de « Des diables et des saints de Jean-⁠Baptiste Andrea, l’enfance dans ses moments les plus durs »

Un jour ce sera vide d’Hugo Lindenberg, ou la futilité de toute chose

Copyright : Christian Bourgois

Un jour ce sera vide porte en épigraphe la citation suivante de Nathalie Sarraute : « Ce bruit soudain de l’eau dans ce silence suspendu, ce serait comme un signal […]. »[1] Si Hugo Lindenberg choisit cette phrase tirée du cinquième tableau de Tropismes[2] en tant que paratexte de son roman, c’est qu’elle coïncide parfaitement avec son projet d’écriture. Le primo-⁠romancier crée ici un univers dans lequel de nombreux éléments de ce tableau apparaissent en tant que motifs de son œuvre ; parmi eux, le vide, le silence, le « froid soudain » et les méduses. Il reprend en outre des marqueurs importants du texte de Sarraute au sein de son intrigue, comme la temporalité estivale, ce dégoût indicible provoqué par une manifestation extérieure à soi et la présence … Continuer la lecture de « Un jour ce sera vide d’Hugo Lindenberg, ou la futilité de toute chose »

Nuit d’épine de Christiane Taubira, une nuit enchanteresse

Copyright : Plon

De toutes les époques et en tous lieux, la nuit émerveille pour son caractère énigmatique. Dans la mythologie grecque, elle porte le nom de Nyx ; c’est la déesse des ténèbres, mère de divinités bienfaitrices comme le Jour, la Prudence, le Sommeil et les Songes, et de divinités pernicieuses comme la Ruse, le Sort, la Discorde et la Mort. Elle est ainsi à la fois source de fascination et de crainte. En matière de contes créoles, la nuit joue le rôle de chef d’orchestre : c’est d’abord le moment choisi par les conteurs pour énoncer leurs histoires, certains de l’impact qu’elles auront alors sur l’imaginaire de leurs allocutaires ; c’est aussi l’enveloppe enchanteresse durant laquelle êtres magiques et maléfiques dévoilent leur emprise sur … Continuer la lecture de « Nuit d’épine de Christiane Taubira, une nuit enchanteresse »

Sabre d’Emmanuel Ruben, une légende familiale

Copyright : Stock

Emmanuel Ruben est agrégé – et véritable passionné – de géographie. Il sillonne ainsi, « repérant les lieux, rencontrant les hommes et dessinant ses trajets »[1], moult pays d’Europe de l’Est et du Proche-Orient. Ses ouvrages témoignent de son affection pour le voyage et le dépaysement, de son observation attentive de l’environnement naturel, de son analyse méticuleuse des répercussions de la Grande Histoire sur l’expérience humaine contemporaine. Son cinquième roman intitulé Sabre, paru au cours de la rentrée littéraire automnale de 2020, ne déroge donc pas, d’un point de vue intellectuel, à cette entreprise littéraire singulière. Il ouvre d’ailleurs une série d’ouvrages dont le deuxième tome s’intitulera Chandelier[2]. Une quête de savoir Emmanuel Ruben redonne en ce texte vie à son personnage nommé Samuel Vidouble. … Continuer la lecture de « Sabre d’Emmanuel Ruben, une légende familiale »

Notre dernière sauvagerie d’Éloïse Lièvre, un éloge intimiste à la vie

Copyright : Fayard

Où pouvons-nous encore espérer trouver un sens à notre existence quand rien ne semble s’y dérouler comme on l’avait espéré ? …⁠quand l’espoir de voir renaître de ses cendres le feu d’une relation est réduit à néant ? …⁠quand la société dans laquelle on vit ne garantit pas la tranquillité que l’on pensait inextinguible ? Éloïse Lièvre, professeure de lettres et écrivaine française née en 1974, s’intéresse à ces questionnements existentiels dans son récit intitulé Notre dernière sauvagerie. À la veille de grands bouleversements de l’ordre de l’intime et du collectif, elle redonne de l’espace et du poids à ses souvenirs à travers une activité inattendue : elle démarre, au mois de décembre 2014, une série de photographies de personnes en train de lire dans … Continuer la lecture de « Notre dernière sauvagerie d’Éloïse Lièvre, un éloge intimiste à la vie »

Cahier d’un art de vivre : Cuba, 1964-⁠1978 de René Depestre, une intimité révélée

Copyright : Actes Sud

René Depestre est un homme d’exil. À moult reprises au cours de sa vie, l’illustre écrivain haïtien est contraint de quitter le lieu où il a élu domicile. Il habite toutefois près de vingt années consécutives à Cuba, île aux idées révolutionnaires qui lui fournit, à l’heure de ses balbutiements quant à la politique castriste, un environnement à la fois inspirant et enrichissant. René Depestre commence ainsi en 1964, alors qu’il vit à Cuba depuis cinq ans, un journal de ses réflexions variées et autres pérégrinations poétiques. Ces notes, retrouvées dans le Fonds René Depestre de la BFM de Limoges, sont rassemblées aujourd’hui dans un ouvrage inédit intitulé Cahier d’un art de vivre : Cuba 1964-1978, un document publié au mois de novembre 2020 … Continuer la lecture de « Cahier d’un art de vivre : Cuba, 1964-⁠1978 de René Depestre, une intimité révélée »