Histoire du fils de Marie-⁠Hélène Lafon, une mosaïque d’émotions

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Écrivaine française née en 1962, Marie-⁠Hélène Lafon compose une œuvre littéraire singulière dont on ne peut nier la littérarité. Cette romancière, nouvelliste et essayiste prête en effet une grande attention à la linguistique et peaufine soigneusement l’esthétique de ses textes. C’est nul doute une des raisons pour lesquelles elle choisit en tant qu’épigraphe de son dixième roman intitulé Histoire du fils une citation de Valère Novarina sur l’écriture comme matière organique, malléable : « Le langage est notre sol, notre chair. Je me représente toujours le chantier comme un creux, une ouverture du sol, et l’avancée d’un texte, sa progression, comme une marche en montagne. » Marie-⁠Hélène Lafon explore dans ce dernier roman les silences et non-dits d’une famille au moyen d’une énonciation fragmentée, mêlant le … Continuer la lecture de « Histoire du fils de Marie-⁠Hélène Lafon, une mosaïque d’émotions »

Un jour ce sera vide d’Hugo Lindenberg, ou la futilité de toute chose

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Un jour ce sera vide porte en épigraphe la citation suivante de Nathalie Sarraute : « Ce bruit soudain de l’eau dans ce silence suspendu, ce serait comme un signal […]. »[1] Si Hugo Lindenberg choisit cette phrase tirée du cinquième tableau de Tropismes[2] en tant que paratexte de son roman, c’est qu’elle coïncide parfaitement avec son projet d’écriture. Le primo-⁠romancier crée ici un univers dans lequel de nombreux éléments de ce tableau apparaissent en tant que motifs de son œuvre ; parmi eux, le vide, le silence, le « froid soudain » et les méduses. Il reprend en outre des marqueurs importants du texte de Sarraute au sein de son intrigue, comme la temporalité estivale, ce dégoût indicible provoqué par une manifestation extérieure à soi et la présence … Continuer la lecture de « Un jour ce sera vide d’Hugo Lindenberg, ou la futilité de toute chose »

Carnaval d’Hector Mathis, des personnages hauts en couleur dans la « grisâtre »

Copyright : Buchet/Chastel

Écrivain français né en 1993, Hector Mathis grandit en banlieue parisienne et développe une véritable passion pour la musique et la littérature. Il compose des paroles de chansons, puis s’essaie à l’écriture littéraire alors qu’on lui diagnostique une maladie chronique, le contraignant à vingt-deux ans, à repenser son avenir. Il propose ainsi un premier roman intitulé K.O.[1] dans lequel le personnage principal, Sitam – dont le prénom n’est autre que le verlan de « Mathis » –, pris d’un élan fou pour la littérature et le jazz, tombe amoureux de la môme Capu dans un Paris déconstruit, dans une banlieue en ébullition. Hector Mathis reprend l’existence de ce même protagoniste au sein de Carnaval, un roman paru en cette rentrée automnale 2020 aux éditions … Continuer la lecture de « Carnaval d’Hector Mathis, des personnages hauts en couleur dans la « grisâtre » »

Chavirer de Lola Lafon, ne plus être en équilibre et basculer…

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Écrivaine et musicienne française née en 1974, Lola Lafon s’intéresse dans ses écrits aux notions de viol et de consentement. Elle explore notamment ces questions dans ses romans Une fièvre impossible à négocier (Flammarion, 2003) et Nous sommes les oiseaux de la tempête qui s’annonce (Flammarion, 2011). En cette rentrée automnale 2020, l’écrivaine revient sur le devant de la scène littéraire avec un nouvel ouvrage embrassant ces sujets intitulé Chavirer. Fine connaisseuse des milieux artistiques – elle-même chanteuse et danseuse, de classique et contemporain, depuis son plus jeune âge[1] –, Lola Lafon révèle l’envers des décors pailletés au moyen d’une anti-héroïne victime d’un engrenage inqualifiable. Cette femme, que l’on suit de son adolescence à l’âge mûr, est observée sous le prisme … Continuer la lecture de « Chavirer de Lola Lafon, ne plus être en équilibre et basculer… »

Héritage de Miguel Bonnefoy, un siècle de migrations

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Miguel Bonnefoy s’intéresse particulièrement aux notions de migration, d’héritage et de transmission dans ses écrits. Il compose à cet égard une œuvre littéraire singulière dans laquelle on retrouve ces thématiques qui lui sont chères : ses deux premiers romans – Le Voyage d’Octavio (Rivages, 2015) et Sucre noir (Rivages, 2017) – illustrent chacun à leur façon la richesse de ses réflexions sur le patrimoine culturel d’un peuple et sa mémoire. L’écrivain poursuit en cette rentrée automnale 2020 ses explorations littéraires à travers l’histoire réinventée de son trisaïeul paternel, tavernier français ayant immigré au Chili en quête de meilleurs lendemains. Héritage constitue de la sorte un roman contemporain, aux multiples « héros » confrontés à l’Histoire. Ce texte, empreint de réalisme magique, est construit à … Continuer la lecture de « Héritage de Miguel Bonnefoy, un siècle de migrations »

Les Funambules de Mohammed Aïssaoui, un équilibre difficile sur le fil ténu de la vie

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De nombreux écrivains puisent leur inspiration dans ce qu’ils ont connu de près. C’est le cas, parmi tant d’autres, de Mohammed Aïssaoui en cette rentrée littéraire 2020. Mohammed Aïssaoui naît et grandit en Algérie. À l’âge de « neuf ans et demi », il quitte son pays natal pour la France afin d’y rejoindre son père, accompagné de sa mère et ses sœurs. Il parle de cette expérience singulière comme d’un « choc » ayant « [fait] sauter [ses] plus beaux souvenirs : ceux de l’enfance insouciante »[1]. Il s’inspire surtout de ce vécu pour construire la psyché du personnage principal des Funambules, texte paru dans la collection « Blanche » des éditions Gallimard. Le romancier s’intéresse particulièrement céans au quotidien difficile des personnes ayant peu de revenus, des … Continuer la lecture de « Les Funambules de Mohammed Aïssaoui, un équilibre difficile sur le fil ténu de la vie »

Là où chantent les écrevisses de Delia Owens, un portrait sémillant des marais

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Delia Owens est une écrivaine et biologiste états-unienne née en 1949. Diplômée en zoologie et en éthologie, elle exerce pendant près de vingt ans en tant que chercheuse-naturaliste en Afrique, notamment dans le désert du Kalahari au Botswana. Elle est ainsi co-auteure de quatre ouvrages de non-fiction écrits en collaboration avec Mark Owens : Cry of Kalahary (1984), The Eye of the Elephant (1992), Survivor’s Song (1994) et Secrets of the Savanna (2006). Le premier roman de Delia Owens, intitulé Where the Crawdads Sing, paraît originellement en août 2018 aux États-⁠Unis. Il connaît un succès commercial important et fait partie de la liste combinée des quinze meilleures ventes de livres (reliés, brochés et numériques) du New York Times pendant plus de quatre-vingt-dix semaines[1]. Le roman est en outre … Continuer la lecture de « Là où chantent les écrevisses de Delia Owens, un portrait sémillant des marais »