Cahier d’un art de vivre : Cuba, 1964-⁠1978 de René Depestre, une intimité révélée

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René Depestre est un homme d’exil. À moult reprises au cours de sa vie, l’illustre écrivain haïtien est contraint de quitter le lieu où il a élu domicile. Il habite toutefois près de vingt années consécutives à Cuba, île aux idées révolutionnaires qui lui fournit, à l’heure de ses balbutiements quant à la politique castriste, un environnement à la fois inspirant et enrichissant. René Depestre commence ainsi en 1964, alors qu’il vit à Cuba depuis cinq ans, un journal de ses réflexions variées et autres pérégrinations poétiques. Ces notes, retrouvées dans le Fonds René Depestre de la BFM de Limoges, sont rassemblées aujourd’hui dans un ouvrage inédit intitulé Cahier d’un art de vivre : Cuba 1964-1978, un document publié au mois de novembre 2020 … Continuer la lecture de « Cahier d’un art de vivre : Cuba, 1964-⁠1978 de René Depestre, une intimité révélée »

La Société des Belles Personnes de Tobie Nathan, un homme face à l’Histoire

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Professeur de psychologie clinique et pathologique, ethnopsychiatre, diplomate et philosophe français, Tobie Nathan connaît intimement les bouleversements politiques de l’Égypte contemporaine et s’intéresse de près dans ses écrits à cette Histoire singulière et ses répercussions sur les petites gens. Il naît au Caire en 1948, y passe son enfance dans un « concert de langues différentes »[1], avant que sa famille, d’origine juive, ne soit contrainte de quitter sa patrie en février 1957 – à l’heure où tous les Juifs sont expulsés d’Égypte. Lui et les siens sont débarqués sur le port de Naples ; ils vivent près d’une année à Rome, puis s’établissent en France au cours de l’été 1958[2]. Tobie Nathan choisit de revisiter cette histoire de déracinement dans La Société des Belles … Continuer la lecture de « La Société des Belles Personnes de Tobie Nathan, un homme face à l’Histoire »

Rassemblez-vous en mon nom de Maya Angelou, un combat dans l’adversité

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Écrivaine, poétesse, actrice et grande militante pour les droits civiques états-unienne, Maya Angelou (1928-2014) est notablement connue pour ses sept volumes à caractère autobiographique dans lesquels elle traite des notions d’identité, de maternité, de racisme et de culture lettrée. En cette rentrée littéraire, le deuxième volume de cette série est réédité au sein de la collection « Notabilia » des éditions Noir sur Blanc. Maya Angelou y expose son combat et son aspiration à une vie meilleure, une lutte qu’elle mène en tant que femme, en tant que mère et en tant que Noire au cœur des années 1940 aux États-Unis. L’essayiste assimile cette lutte singulière à une « guerre » menée quotidiennement « dans les ghettos ». Elle démarre son récit intitulé Rassemblez-vous en mon nom, traduit … Continuer la lecture de « Rassemblez-vous en mon nom de Maya Angelou, un combat dans l’adversité »

Le Cœur à rire et à pleurer de Maryse Condé, les « contes vrais » d’une enfance guadeloupéenne

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Écrivaine de renom née au mitan des années 1930, Maryse Condé n’a cessé tout au long de son œuvre littéraire de dessiner le portrait sociétal des Antilles françaises. Ses textes à caractère autobiographique, notamment Le Cœur à rire et à pleurer : Contes vrais de mon enfance[1], La Vie sans fards[2] et Mets et Merveilles[3], sont particulièrement révélateurs des divisions économiques, sociales et raciales existant en Guadeloupe au cours du XXe siècle. Le premier d’entre eux, Le Cœur à rire et à pleurer, publié dans son édition princeps au sein du catalogue des éditions Robert Laffont, pose un regard singulier sur cet archipel caribéen pendant les années 1940 et 1950 où Maryse Condé, née Maryse Boucolon, grandit entourée des siens, la dernière … Continuer la lecture de « Le Cœur à rire et à pleurer de Maryse Condé, les « contes vrais » d’une enfance guadeloupéenne »

Le Cœur battant de nos mères de Brit Bennett, un roman sur la question clivante de l’avortement

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Écrivaine états-⁠unienne née en 1990, Brit Bennett est diplômée de lettres et titulaire d’un master en beaux-arts spécialisé en fiction. Elle est notablement connue pour son essai I Don’t Know What to Do With Good White People, un texte lui conférant une grande visibilité internationale écrit en 2014 pour le blog Jezebel, disponible en France sous le titre Je ne sais pas quoi faire des gentils Blancs (Autrement, 2018). Publié dans son édition princeps en 2016 sous le titre The Mothers, Le Cœur battant de nos mères reçoit de sorte une attention particulière des médias nord-⁠américains, notamment du New York Times qui évoque la capacité de Brit Bennett à donner une vision hétérogène de la « souffrance maternelle » avec des personnages d’une complexité … Continuer la lecture de « Le Cœur battant de nos mères de Brit Bennett, un roman sur la question clivante de l’avortement »

Réflexions diverses autour du Cahier d’un retour au pays natal d’Aimé Césaire

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Cahier d’un retour au pays natal est un poème long offert par l’écrivain et poète d’origine martiniquaise Aimé Césaire. Cette publication, aujourd’hui vieille de près de cinquante ans, est l’une des plus complexes de la littérature antillaise, l’une des plus évoquées aussi quand il est question de littérature post-coloniale des Antilles. Aimé Césaire articule ici son histoire personnelle, celle de ses ancêtres, à l’Histoire collective, celle de l’esclavage, de son île, des peuples de terres anciennement colonisées. Et si finalement ce Cahier est assez court, cet écrivain a su donner une pluralité de significations à ses strophes. Il n’y a pas une seule et unique manière de lire et comprendre ce poème, au contraire, celui-ci est sujet à l’interprétation. D’ailleurs, … Continuer la lecture de « Réflexions diverses autour du Cahier d’un retour au pays natal d’Aimé Césaire »

Ce que murmurent les collines de Scholastique Mukasonga, des nouvelles évocatrices du passé

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Ce que murmurent les collines est un recueil de nouvelles de Scholastique Mukasonga paru le 27 mars 2014 dans la collection « Continents noirs » des éditions Gallimard. Scholastique Mukasonga est une écrivaine franco- rwandaise née en 1956 au Rwanda. En 1960, sa famille est délogée à Nyamata au Bugesera, une province rwandaise dans laquelle s’étendent de nombreux marais. Trois ans après cette première délocalisation, les membres de la famille de Scholastique Mukasonga restés dans la vallée de la Rukarara sont massacrés. Elle vit alors au Rwanda jusqu’en 1973 puis est exilée au Burundi, un État frontalier de ce pays. En 1992, Scholastique Mukasonga s’installe en France. Deux ans après son départ de l’Afrique, le Rwanda connaît une recrudescence de la violence qui atteint son paroxysme lors du génocide des Tutsis. La romancière … Continuer la lecture de « Ce que murmurent les collines de Scholastique Mukasonga, des nouvelles évocatrices du passé »

Le Lion de Joseph Kessel, relations humaines et comportements sauvages

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Écrivain, grand reporter et aviateur, Joseph Kessel parcourt, pour les besoins de ses reportages, moult pays d’Afrique, du Proche-Orient et d’Asie méridionale et orientale. Cette expérience singulière du monde en tant qu’observateur attentif lui insuffle l’écriture de nombreux romans aux décors d’une authenticité évidente, posant un regard sociologique sur les êtres vivant en ces lieux. Gallimard publie ainsi en avril 1958 son ouvrage intitulé Le Lion au sein de la collection « Blanche », un ouvrage dans lequel Joseph Kessel s’inspire de son voyage au Kenya pour conter l’amitié hors du commun que partagent une jeune fille et un lion. Décliné à la suite dans diverses collections des éditions Gallimard, dont « Soleil » en octobre 1958, « Hors-série Beaux livres » en novembre 1959, « La Bibliothèque blanche illustrée » en … Continuer la lecture de « Le Lion de Joseph Kessel, relations humaines et comportements sauvages »

Homegoing de Yaa Gyasi, trois siècles cimentés par l’esclavage

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Écrivaine ghanéo-américaine née en 1989, Yaa Gyasi, dont la famille immigre vers les États-Unis alors qu’elle est âgée de deux ans, retourne subséquemment dans son pays natal à deux reprises : à onze ans, parmi les siens ; puis à vingt ans, suite à l’obtention d’une bourse d’écriture. Elle visite lors de ce deuxième séjour au Ghana le Fort de Cape Coast, un lieu important de la traite négrière situé sur la côte ghanéenne. C’est ce château au lourd passé qui lui insuffle l’idée d’aborder l’héritage culturel, social et ethnique de l’esclavage, à la fois au Ghana et aux États-Unis, à travers une entreprise romanesque.[1] En 2016 paraît ainsi Homegoing, un roman dans lequel Yaa Gyasi traite des répercussions de cette Histoire sur les … Continuer la lecture de « Homegoing de Yaa Gyasi, trois siècles cimentés par l’esclavage »