Mise à feu de Clara Ysé, la morsure de l’absence

Copyright : Grasset

Également musicienne et chanteuse, auteure d’un EP intitulé Le monde s’est dédoublé en 2019, Clara Ysé offre en son premier roman une prose mêlant poésie et magie ainsi que douceur et violence, une prose empreinte d’un grand lyrisme par laquelle se révèle son amour pour l’art en général, la musique en particulier. Reprenant en son œuvre intitulée Mise à feu le motif littéraire du feu, un motif qui fait tendrement écho au premier roman de sa mère, l’écrivaine, psychanalyste et philosophe Anne Dufourmantelle[1], elle s’intéresse céans au poids de l’absence sur la psyché d’un être à travers l’histoire de deux jeunes enfants oppressés par cette morsure sévère, un frère et sa sœur choisissant d’avancer ensemble, unis contre l’adversité. Une « vie en rose » … Continuer la lecture de « Mise à feu de Clara Ysé, la morsure de l’absence »

Blizzard de Marie Vingtras, le temps d’une tempête

Copyright : L'Olivier

L’Alaska nourrit depuis toujours l’imaginaire de nombreuses notabilités littéraires et du cinéma en raison de son immensité, sa faible densité et ses paysages gelés. Cette région polaire fournit en effet un cadre naturel à la fois beau et hostile, où les êtres se tiennent nécessairement isolés et parcourent parfois plusieurs miles avant de rencontrer âme qui vive. C’est ainsi, sans doute, le décor idéal pour tout·e artiste souhaitant infuser en son œuvre des éléments de suspense, d’anticipation et de grande tension. C’est en tout cas le lieu où se déroule l’intrigue singulière de Blizzard : nous entraînant au cœur de cette contrée alaskaine, Marie Vingtras offre en son premier roman une histoire riche en rebondissements s’intéressant de près aux notions de perte … Continuer la lecture de « Blizzard de Marie Vingtras, le temps d’une tempête »

Apprendre à se noyer de Jeremy Robert Johnson, ou jusqu’où irions-nous par amour

Copyright : Cherche Midi

Jeremy Robert Johnson, traduit ici par Jean-⁠Yves Cotté pour les éditions du Cherche Midi, s’intéresse en son œuvre intitulée Apprendre à se noyer aux notions de deuil et de parentalité à travers l’histoire d’un homme qui, confronté au pire, reconsidère son entière existence. Une exploration en rivière Un homme et son fils font une expédition à visée initiatique sur la rivière. Le père voudrait de cette manière perpétuer ce que lui-même a reçu enfant de son géniteur, c’est-à-dire un ensemble d’enseignements qui permettraient au garçon de forger son identité, de connaître aussi ce qu’il est nécessaire de savoir pour vivre « homme ». L’aventure est de sorte une espèce de rituel de passage à l’âge adulte ou d’invitation à déserter l’enfance. La mère ne fait … Continuer la lecture de « Apprendre à se noyer de Jeremy Robert Johnson, ou jusqu’où irions-nous par amour »

Mauvaises herbes de Dima Abdallah, s’épanouir dans l’adversité

Copyright : Sabine Wespieser

Dima Abdallah est une écrivaine franco-libanaise née au Liban en 1977, installée en France dès 1989, l’année de ses douze ans. Son parcours singulier, terreau d’une culture métissée, n’est pas sans rappeler celui de l’héroïne principale de son premier roman intitulé Mauvaises herbes. La jeune fille, puis femme, que l’on suit de ses six ans à l’âge adulte, connaît les heures les plus sombres de son pays natal avant de s’envoler pour Paris elle aussi, laissant derrière elle son père. Un dialogue rompu Mauvaises herbes commence ainsi en 1983 à Beyrouth. La narratrice première de l’histoire est une fillette entourée de ses condisciples à l’école. Au loin, les détonations se font entendre : d’abord tout doucement, tel un bruit de fond ; puis … Continuer la lecture de « Mauvaises herbes de Dima Abdallah, s’épanouir dans l’adversité »

Histoire du fils de Marie-⁠Hélène Lafon, une mosaïque d’émotions

Copyright : Buchet/Chastel

Écrivaine française née en 1962, Marie-⁠Hélène Lafon compose une œuvre littéraire singulière dont on ne peut nier la littérarité. Cette romancière, nouvelliste et essayiste prête en effet une grande attention à la linguistique et peaufine soigneusement l’esthétique de ses textes. C’est nul doute une des raisons pour lesquelles elle choisit en tant qu’épigraphe de son dixième roman intitulé Histoire du fils une citation de Valère Novarina sur l’écriture comme matière organique, malléable : « Le langage est notre sol, notre chair. Je me représente toujours le chantier comme un creux, une ouverture du sol, et l’avancée d’un texte, sa progression, comme une marche en montagne. » Marie-⁠Hélène Lafon explore dans ce dernier roman les silences et non-dits d’une famille au moyen d’une énonciation fragmentée, mêlant le … Continuer la lecture de « Histoire du fils de Marie-⁠Hélène Lafon, une mosaïque d’émotions »

The Bluest Eye de Toni Morrison, une construction sociale de la beauté, de la « norme »

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Toni Morrison s’exprime sur les raisons qui l’ont poussée à écrire son premier roman dans l’avant-propos de The Bluest Eye. L’écrivaine se rappelle encore, non sans émotions, du souhait d’une de ses amies afro-américaines d’école primaire : « avoir des yeux bleus ». Ce souhait exprimé de manière si banale fut d’une violence sans pareille pour la jeune enfant qu’elle était alors. Elle voulut compatir aux sentiments de sa camarade de classe mais entra dans une colère, certes tue, mais terrible. Jusque-là, jamais elle n’avait considéré avec attention la notion de beauté et la question du regard de l’autre. Elles lui sembleront essentielles dès lors. Elles lui sembleront, surtout, étroitement liées. Vingt années plus tard elle commence l’écriture de ce qui deviendra The Bluest Eye. Quand … Continuer la lecture de « The Bluest Eye de Toni Morrison, une construction sociale de la beauté, de la « norme » »

Sabre d’Emmanuel Ruben, une légende familiale

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Emmanuel Ruben est agrégé – et véritable passionné – de géographie. Il sillonne ainsi, « repérant les lieux, rencontrant les hommes et dessinant ses trajets »[1], moult pays d’Europe de l’Est et du Proche-Orient. Ses ouvrages témoignent de son affection pour le voyage et le dépaysement, de son observation attentive de l’environnement naturel, de son analyse méticuleuse des répercussions de la Grande Histoire sur l’expérience humaine contemporaine. Son cinquième roman intitulé Sabre, paru au cours de la rentrée littéraire automnale de 2020, ne déroge donc pas, d’un point de vue intellectuel, à cette entreprise littéraire singulière. Il ouvre d’ailleurs une série d’ouvrages dont le deuxième tome s’intitulera Chandelier[2]. Une quête de savoir Emmanuel Ruben redonne en ce texte vie à son personnage nommé Samuel Vidouble. … Continuer la lecture de « Sabre d’Emmanuel Ruben, une légende familiale »

L’Enfant céleste de Maud Simonnot, ou l’unicité de l’être

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S’il est dit qu’être « différent » est une force, il n’est pas moins vrai que cette singularité se révèle, à bien des égards, difficile à vivre au quotidien pour l’être concerné. Maud Simonnot, écrivaine française née en 1979, traite avec délicatesse de cette question dans son premier roman intitulé L’Enfant céleste, une parution des éditions de l’Observatoire. Elle choisit céans de montrer l’inconfort au monde d’une mère et son garçon de dix ans. Ces deux êtres sont du reste émerveillés par la trajectoire de vie de Tycho Brahe (1546-1601), astronome danois connu pour la grande précision de ses observations astronomiques. Une inadaptation au monde Maud Simonnot conte ainsi l’histoire de Mary et Célian, deux âmes que l’on découvre au moment où Pierre décide de … Continuer la lecture de « L’Enfant céleste de Maud Simonnot, ou l’unicité de l’être »

Thésée, sa vie nouvelle de Camille de Toledo, une traversée de la douleur

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L’œuvre d’un écrivain se nourrit infailliblement du matériau de sa vie. Chaque composition littéraire offre ainsi un reflet en creux de son auteur, de son essence véritable ou son vécu, de ses réussites ou ses obsessions. À travers son ouvrage intitulé Thésée, sa vie nouvelle, Camille de Toledo renoue de façon inédite avec sa mythologie familiale. Il évoque nûment les disparitions successives qui l’ont anéanti : celle de son frère, Jérôme, qui se suicide en 2005 ; celle de sa mère, qui s’éteint un an plus tard par « synchronie », le jour même de l’anniversaire de Jérôme ; celle de son père, qui rend l’âme quatre années après sa femme, des suites d’une longue maladie. Thésée, personnage principal de ce roman, subit lui aussi ces difficiles … Continuer la lecture de « Thésée, sa vie nouvelle de Camille de Toledo, une traversée de la douleur »

Héritage de Miguel Bonnefoy, un siècle de migrations

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Miguel Bonnefoy s’intéresse particulièrement aux notions de migration, d’héritage et de transmission dans ses écrits. Il compose à cet égard une œuvre littéraire singulière dans laquelle on retrouve ces thématiques qui lui sont chères : ses deux premiers romans – Le Voyage d’Octavio (Rivages, 2015) et Sucre noir (Rivages, 2017) – illustrent chacun à leur façon la richesse de ses réflexions sur le patrimoine culturel d’un peuple et sa mémoire. L’écrivain poursuit en cette rentrée automnale 2020 ses explorations littéraires à travers l’histoire réinventée de son trisaïeul paternel, tavernier français ayant immigré au Chili en quête de meilleurs lendemains. Héritage constitue de la sorte un roman contemporain, aux multiples « héros » confrontés à l’Histoire. Ce texte, empreint de réalisme magique, est construit à … Continuer la lecture de « Héritage de Miguel Bonnefoy, un siècle de migrations »