Deux secondes d’air qui brûle de Diaty Diallo, une colère manifeste

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Dans son premier roman intitulé Deux secondes d’air qui brûle, Diaty Diallo relate, au moyen d’une écriture précise, à la fois poétique et argotique, l’inqualifiable crime de policier·ères demeurant impuni·es par l’État puisque dans l’« exercice de leurs fonctions ». Leur indifférence, leur harcèlement, leur violence récurrente ainsi que ce meurtre, arbitraire, conduit les êtres qui les opposent, des jeunes de banlieue parisienne inlassablement arrêté·es pour ce qu’iels sont et non ce qu’iels font, à la fomentation d’une fulgurante rébellion. Une cruelle déflagration Les « deux secondes d’air qui brûle » contées par Diaty Diallo sont d’abord celles durant lesquelles Astor, se mouvant sur la piste de danse d’une fête de quartier, rêvant d’une relation sentimentale et/ou charnelle avec la belle Aïssa, attendant que son ami … Continuer la lecture de « Deux secondes d’air qui brûle de Diaty Diallo, une colère manifeste »

Nous, les Allemands d’Alexander Starritt, un difficile rapport à l’Histoire

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Dans son deuxième roman intitulé Nous, les Allemands, Alexander Starritt, traduit de l’anglais par Diane Meur, relate le parcours d’un ancien soldat allemand durant la Seconde Guerre mondiale. Il choisit pour ce faire d’imaginer la longue lettre qu’adresse cet homme d’âge mûr à son petit-fils de nationalité britannique afin de lui parler du « vrai courage », une lettre qui traite finalement de mémoire et culpabilité tout en décrivant les atrocités de la guerre, et confronte les notions de responsabilité individuelle et honte collective. Une mémoire oubliée Quand il entreprend l’écriture de sa lettre, Meissner n’a pas vu Callum depuis près de dix-sept mois. Il espère toutefois que son petit-fils n’est pas défait par leur dernière conversation : Callum a exprimé son désir d’« entendre [les] … Continuer la lecture de « Nous, les Allemands d’Alexander Starritt, un difficile rapport à l’Histoire »

Napalm dans le cœur de Pol Guasch, ou comment vivre « libre »

Copyright : La Croisée

Imaginant un univers dystopique aux notes mystérieuses, Pol Guasch, traduit du catalan par Marc Audí, traite en son premier roman, intitulé Napalm dans le cœur dans l’édition française, d’une guerre dont on ne sait précisément l’origine, sinon qu’elle tient du bon vouloir d’une autorité souveraine ; elle est alors prétexte de violences sans pareilles et engendre la mort d’innombrables civil·es. En ces circonstances exceptionnelles, le narrateur de cette histoire, défait par son expérience traumatisante, envoie des lettres à l’homme qu’il aime pour se défaire quelque peu de l’invariabilité de sa situation : ces dernières lui permettent d’exprimer tout haut son émotion et son manque, mais aussi sa cruauté et son désir d’émancipation. Une guerre, une violence L’énonciation de Napalm dans le cœur démarre obscurément … Continuer la lecture de « Napalm dans le cœur de Pol Guasch, ou comment vivre « libre » »

Jusque dans la terre de Sue Rainsford, une expérience du corps

Copyright : Aux forges de Vulcain

Quand Sue Rainsford commence à travailler sur l’écriture de son premier roman, elle étudie les pratiques d’art visuel à l’Institut d’art, design et technologie de Dublin[1] et analyse de fait les procédés techniques utilisés par de nombreux·ses artistes au moment de la composition de leurs œuvres. Ses travaux de formation lui font découvrir, entre autres, The Lick Drawings de Jenny Keane[2], une série d’images où l’élément horrifique se confond avec la façon dont l’artiste annihile sa présence au moyen de sa langue, et Donor Body Prepared for Spot Exam de Megan Eustace[3], un tableau représentant le cadavre d’un homme qu’elle trouve « à la fois immensément tendre et immensément violent »[4]. Ces illustrations originales constituent dès lors un point d’ancrage pour ses réflexions sur le corps … Continuer la lecture de « Jusque dans la terre de Sue Rainsford, une expérience du corps »

Open Water de Caleb Azumah Nelson, un hymne à la souffrance noire

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Écrivain et photographe ghanéo-britannique, Caleb Azumah Nelson possède l’âme d’un artiste complet. Il écrit, bien sûr – nombreux de ses textes sont parus dans le magazine britannique Litro –, mais est aussi passionné de musique, des arts visuels, de danse et de photographie. Tout est matière à la poésie selon lui ; c’est en tout cas ce que semble signifier son premier roman paru au mois de février 2021 chez Viking Books, paru en ce mois d’août 2022 aux éditions Denoël grâce à la traduction de Carine Chichereau[1]. Open Water offre en effet un conte contemporain dans lequel se mêlent lyrisme et musicalité, mais aussi racisme et souffrance. Caleb Azumah Nelson nous y interroge sur la possibilité de l’amour dans un contexte peu propice à tout sentiment positif, … Continuer la lecture de « Open Water de Caleb Azumah Nelson, un hymne à la souffrance noire »

Quand l’arbre tombe d’Oriane Jeancourt Galignani, une sensibilité aiguë

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La collection « Le Courage » des éditions Grasset, dirigée par l’écrivain, poète et éditeur Charles Dantzig, propose un regroupement d’œuvres littéraires s’intéressant précisément à ce qu’est le courage et comment celui-ci se manifeste en littérature. Ainsi, dans son roman intitulé Quand l’arbre tombe paru en cette collection, Oriane Jeancourt Galignani nous invite à contempler la destinée d’un homme ayant résolument tenté de vivre en marge de la société, ayant néanmoins souffert émotionnellement du caractère dissonant de son essence véritable. Elle choisit, afin de rendre compte de son expérience, de conter la réunion de deux êtres qui lui ont été proches, de les faire échanger sur son unicité, puis réaliser que leurs maladresses d’antan n’ont été qu’humaines. Elle choisit surtout une écriture qui soit à … Continuer la lecture de « Quand l’arbre tombe d’Oriane Jeancourt Galignani, une sensibilité aiguë »

Point de fuite d’Elizabeth Brundage, entre ombres et lumières

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Le « point de fuite », aussi connu sous l’expression anglophone vanishing point, est une méthode de composition employée en photographie qui vise à attirer l’œil vers un point précis de l’image. Ce point, paraissant de sorte en arrière-plan de la scène première, apporte de la perspective et de la profondeur à la prise de vue ; il est le lieu où convergent des lignes parallèles, dites « lignes de fuite », qui capturent l’attention. Elizabeth Brundage, traduite ici de l’anglais par Cécile Arnaud, choisit singulièrement d’employer ce procédé technique comme titre de son roman traitant de la disparition d’un homme. L’art de la photographie l’influence de fait dans ses choix d’écriture. Elizabeth Brundage définit en effet le cadre de son intrigue ainsi que ses « sujets », ses personnages, … Continuer la lecture de « Point de fuite d’Elizabeth Brundage, entre ombres et lumières »

Houston-Osaka de Bryan Washington, une certaine rémission

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D’abord auteur d’un recueil de nouvelles intitulé Lot en lequel il explore les notions d’identité, d’environnement familial, de communauté, de race et de classe sociale[1], Bryan Washington choisit de poursuivre ses obsessions littéraires dans un premier roman, ici traduit de l’anglais par Laurent Trèves, où il décrit la relation amoureuse, sentimentale, sexuelle que vivent deux hommes de race et classe différentes. Il y exploite l’inconfort de ses personnages pour montrer les effets des non-dits sur un couple et s’intéresse en filigrane à ce que signifie vivre « autre » en société et ce que peut signifier pour ces « autres » l’avènement d’une perturbation inéluctable. Une communication rompue L’énonciation de Houston-Osaka démarre par la voix de Benson, afro-américain issu d’une famille de classe moyenne résidant dans … Continuer la lecture de « Houston-Osaka de Bryan Washington, une certaine rémission »