Si le soleil se dérobe de Nicole Dennis-⁠⁠Benn, où se trouve la vraie richesse

Copyright : L'Aube

Née et ayant grandi à Kingston en Jamaïque, puis installée à New York aux États-Unis dès sa dix-septième année, Nicole Dennis-⁠Benn connaît intimement le bouleversement que peut créer une situation d’exil volontaire. Elle s’inspire quelque peu de son expérience singulière pour nourrir la psyché de sa protagoniste principale en Patsy, un roman que l’on retrouve en français sous le titre Si le soleil se dérobe grâce à la traduction de Benoîte Dauvergne. Ainsi son héroïne éponyme s’envole également pour New York, mais ne bénéficie a contrario, pour ce faire, ni d’un permis de travail ni d’un statut légal de résidence permanente… Un exil volontaire, une désillusion L’énonciation de Si le soleil se dérobe démarre en 1998 aux côtés de Patsy, vingt-huit ans, se préparant pour … Continuer la lecture de « Si le soleil se dérobe de Nicole Dennis-⁠⁠Benn, où se trouve la vraie richesse »

Deux secondes d’air qui brûle de Diaty Diallo, une colère manifeste

Copyright : Seuil

Dans son premier roman intitulé Deux secondes d’air qui brûle, Diaty Diallo relate, au moyen d’une écriture précise, à la fois poétique et argotique, l’inqualifiable crime de policier·ères demeurant impuni·es par l’État puisque dans l’« exercice de leurs fonctions ». Leur indifférence, leur harcèlement, leur violence récurrente ainsi que ce meurtre, arbitraire, conduit les êtres qui les opposent, des jeunes de banlieue parisienne inlassablement arrêté·es pour ce qu’iels sont et non ce qu’iels font, à la fomentation d’une fulgurante rébellion. Une cruelle déflagration Les « deux secondes d’air qui brûle » contées par Diaty Diallo sont d’abord celles durant lesquelles Astor, se mouvant sur la piste de danse d’une fête de quartier, rêvant d’une relation sentimentale et/ou charnelle avec la belle Aïssa, attendant que son ami … Continuer la lecture de « Deux secondes d’air qui brûle de Diaty Diallo, une colère manifeste »

Nous, les Allemands d’Alexander Starritt, un difficile rapport à l’Histoire

Copyright : Belfond

Dans son deuxième roman intitulé Nous, les Allemands, Alexander Starritt, traduit de l’anglais par Diane Meur, relate le parcours d’un ancien soldat allemand durant la Seconde Guerre mondiale. Il choisit pour ce faire d’imaginer la longue lettre qu’adresse cet homme d’âge mûr à son petit-fils de nationalité britannique afin de lui parler du « vrai courage », une lettre qui traite finalement de mémoire et culpabilité tout en décrivant les atrocités de la guerre, et confronte les notions de responsabilité individuelle et honte collective. Une mémoire oubliée Quand il entreprend l’écriture de sa lettre, Meissner n’a pas vu Callum depuis près de dix-sept mois. Il espère toutefois que son petit-fils n’est pas défait par leur dernière conversation : Callum a exprimé son désir d’« entendre [les] … Continuer la lecture de « Nous, les Allemands d’Alexander Starritt, un difficile rapport à l’Histoire »

Napalm dans le cœur de Pol Guasch, ou comment vivre « libre »

Copyright : La Croisée

Imaginant un univers dystopique aux notes mystérieuses, Pol Guasch, traduit du catalan par Marc Audí, traite en son premier roman, intitulé Napalm dans le cœur dans l’édition française, d’une guerre dont on ne sait précisément l’origine, sinon qu’elle tient du bon vouloir d’une autorité souveraine ; elle est alors prétexte de violences sans pareilles et engendre la mort d’innombrables civil·es. En ces circonstances exceptionnelles, le narrateur de cette histoire, défait par son expérience traumatisante, envoie des lettres à l’homme qu’il aime pour se défaire quelque peu de l’invariabilité de sa situation : ces dernières lui permettent d’exprimer tout haut son émotion et son manque, mais aussi sa cruauté et son désir d’émancipation. Une guerre, une violence L’énonciation de Napalm dans le cœur démarre obscurément … Continuer la lecture de « Napalm dans le cœur de Pol Guasch, ou comment vivre « libre » »

Open Water de Caleb Azumah Nelson, un hymne à la souffrance noire

Copyright : Denoël

Écrivain et photographe ghanéo-britannique, Caleb Azumah Nelson possède l’âme d’un artiste complet. Il écrit, bien sûr – nombreux de ses textes sont parus dans le magazine britannique Litro –, mais est aussi passionné de musique, des arts visuels, de danse et de photographie. Tout est matière à la poésie selon lui ; c’est en tout cas ce que semble signifier son premier roman paru au mois de février 2021 chez Viking Books, paru en ce mois d’août 2022 aux éditions Denoël grâce à la traduction de Carine Chichereau[1]. Open Water offre en effet un conte contemporain dans lequel se mêlent lyrisme et musicalité, mais aussi racisme et souffrance. Caleb Azumah Nelson nous y interroge sur la possibilité de l’amour dans un contexte peu propice à tout sentiment positif, … Continuer la lecture de « Open Water de Caleb Azumah Nelson, un hymne à la souffrance noire »

Houston-Osaka de Bryan Washington, une certaine rémission

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D’abord auteur d’un recueil de nouvelles intitulé Lot en lequel il explore les notions d’identité, d’environnement familial, de communauté, de race et de classe sociale[1], Bryan Washington choisit de poursuivre ses obsessions littéraires dans un premier roman, ici traduit de l’anglais par Laurent Trèves, où il décrit la relation amoureuse, sentimentale, sexuelle que vivent deux hommes de race et classe différentes. Il y exploite l’inconfort de ses personnages pour montrer les effets des non-dits sur un couple et s’intéresse en filigrane à ce que signifie vivre « autre » en société et ce que peut signifier pour ces « autres » l’avènement d’une perturbation inéluctable. Une communication rompue L’énonciation de Houston-Osaka démarre par la voix de Benson, afro-américain issu d’une famille de classe moyenne résidant dans … Continuer la lecture de « Houston-Osaka de Bryan Washington, une certaine rémission »

Fille, femme, autre de Bernardine Evaristo, intersectionnalité et poésie

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En son œuvre ambitieuse intitulée Fille, femme, autre, Bernardine Evaristo explore avec intelligence, éloquence et poésie les défis que la société d’aujourd’hui pose aux femmes ; aux Noir·e·s ; aux personnes non-binaires ; aux personnes appartenant à la communauté LGBTQIA ; aux personnes ayant connu l’exil, à leurs enfants natif·ve·s du pays d’adoption, aux générations suivantes ; et aux personnes à l’intersection de ces différentes catégories – notons par exemple une femme qui soit noire, lesbienne, pluriamoureuse, britannique mais dont le père est originaire du Ghana, comme Amma. Partant des expériences de vie de douze protagonistes, la romancière, ici traduite de l’anglais par Françoise Adelstain, traite des notions de race, de classe, d’immigration, de fracture sociale, d’orientation sexuelle et d’identité de genre, en opposant l’être dit « différent » … Continuer la lecture de « Fille, femme, autre de Bernardine Evaristo, intersectionnalité et poésie »

Soleil amer de Lilia Hassaine, une cruelle désillusion

Copyright : Gallimard

Choisissant pour épigraphe deux vers du Bateau ivre d’Arthur Rimbaud – « Les Aubes sont navrantes/Toute lune est atroce et tout soleil amer » –, suggérant de sorte une traversée en mer singulière où l’avènement n’est peut-être que désenchantement, désillusion et mélancolie, Lilia Hassaine traite en son deuxième roman d’exil et de mensonge à travers la destinée d’une famille algérienne installée en France. Une aventure française Soleil amer démarre par une scène d’enfants « [campant] des personnages » romains, se livrant à des « luttes fratricides », des petites guerres qui sans cesse se terminent et recommencent. On est alors dans la région montagneuse de l’Aurès en Algérie, en 1959. Là, Naja, vingt-six ans, élève seule ses trois filles, Maryam, Sonia et Nour, encore bébé. Son mari Saïd a … Continuer la lecture de « Soleil amer de Lilia Hassaine, une cruelle désillusion »

Mise à feu de Clara Ysé, la morsure de l’absence

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Également musicienne et chanteuse, auteure d’un EP intitulé Le monde s’est dédoublé en 2019, Clara Ysé offre en son premier roman une prose mêlant poésie et magie ainsi que douceur et violence, une prose empreinte d’un grand lyrisme par laquelle se révèle son amour pour l’art en général, la musique en particulier. Reprenant en son œuvre intitulée Mise à feu le motif littéraire du feu, un motif qui fait tendrement écho au premier roman de sa mère, l’écrivaine, psychanalyste et philosophe Anne Dufourmantelle[1], Clara Ysé s’intéresse au poids de l’absence sur la psyché d’un être à travers l’histoire de deux jeunes enfants oppressés par cette morsure sévère, un frère et sa sœur choisissant d’avancer ensemble, unis contre l’adversité. Une « vie en rose » éphémère … Continuer la lecture de « Mise à feu de Clara Ysé, la morsure de l’absence »

Rien ne t’appartient de Nathacha Appanah, naître femme, naître entravée

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Nathacha Appanah reprend en son huitième roman intitulé Rien ne t’appartient de nombreuses thématiques qui lui sont chères, que l’on retrouve dans l’ensemble de son œuvre littéraire. Il est ainsi question ici de la place que l’on donne aux « fantômes », aux souvenirs du passé ; de destins éprouvés, notamment d’une jeunesse maltraitée, délaissée, oubliée ; de l’impact des catastrophes naturelles sur la population qui les subit ; et des rêves, des désirs et aspirations de l’être. Embrassant ces différents sujets en son intrigue, l’écrivaine nous mène à la découverte de la destinée d’une femme sans âge, dont la mort du mari ravive de vagues réminiscences, dont l’histoire violente révèle la cruauté d’un lieu où l’on ne peut penser dévier de l’opinion politique imposée par … Continuer la lecture de « Rien ne t’appartient de Nathacha Appanah, naître femme, naître entravée »