Real Life de Brandon Taylor, une place au monde

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Brandon Taylor retrace en son premier roman les désillusions d’un étudiant noir homosexuel jouissant d’une pareille formation universitaire que lui, dans le domaine de la biochimie. Par les errances réflectives de son personnage, ce dernier préférant le silence à la confrontation, paraissant néanmoins – et c’est toute la difficulté de son état émotionnel ⁠– en proie à une solitude écrasante, il traite à la fois de traumatisme et renoncement, ainsi que du poids du passé et ses effets sur l’expérience immédiate. Real Life, traduit de l’anglais par Héloïse Esquié, nous convie de sorte à considérer la violence – morale, verbale, physique – à laquelle est quotidiennement exposé cet homme lors d’un week-end où il côtoie ses condisciples de campus. On découvre les épisodes qui … Continuer la lecture de « Real Life de Brandon Taylor, une place au monde »

Une somme humaine de Makenzy Orcel, une langue vivante

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Dans l’œuvre première de sa trilogie livrant le testament émotionnel de femmes mortes, une œuvre intitulée L’Ombre animale, Makenzy Orcel nous évoque subtilement la difficulté de son entreprise littéraire, à savoir la difficulté de trouver les mots justes pour conter la vie et la mort, l’existence et l’essence, d’une personne passée de « l’autre côté ». dans ce dialogue constant avec la mort (ou la vie) une seule question s’impose, comment, avec quels mots raconter la fable de celui ou de celle qui n’est plus, n’a jamais été, quelle place a la mémoire des disparus à côté de celle des vivants[1] L’écrivain choisit pourtant de se prêter à cet exercice singulier d’une façon qui soit hautement littéraire et lui permette d’embrasser les mille … Continuer la lecture de « Une somme humaine de Makenzy Orcel, une langue vivante »

Appelez-moi Cassandre de Marcial Gala, un Cuba mythologique

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Marcial Gala, écrivain, poète et architecte cubain partageant son temps entre Cienfuegos et Buenos Aires, s’applique dans l’entièreté de son œuvre littéraire à montrer les divisions demeurantes du peuple cubain, notamment une certaine fracture sociale accentuée par les sentiments dissemblables que suscitent la politique et l’histoire tumultueuses de l’île, et défendre les voix mésestimées en cette communauté, à savoir celles des enfants, des Noir·es, des personnes LGBTQIA+. Il compose ainsi une œuvre qui se veut à la fois poétique et critique, imaginative et engagée. Il adopte du reste cette même approche pour l’écriture d’Appelez-moi Cassandre, un roman traduit de l’espagnol par François-⁠⁠Michel Durazzo. Marcial Gala y crée en effet un univers réaliste magique au moyen d’une écriture précise et mène ses lecteur·rices aux … Continuer la lecture de « Appelez-moi Cassandre de Marcial Gala, un Cuba mythologique »

L’Ombre animale de Makenzy Orcel, ou la violence d’« ici »

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Dans l’œuvre première de sa trilogie explorant la destinée de femmes mortes, des femmes livrant leur testament émotionnel à qui veut l’entendre, Makenzy Orcel nous invite à découvrir les ténèbres et possibles lumières d’Haïti : L’Ombre animale s’inscrit en effet en ce pays où « la situation empire dans les rues, les gens crient famine, dans le nord comme dans le sud, réclament le départ immédiat du président de la République ». Il convoque de sorte les réflexions crues d’une âme n’ayant jamais eu l’opportunité d’énoncer les mouvements de son être afin d’exposer, par son récit, l’existence d’une terre-soleil impraticable. Son œuvre se révèle ainsi d’une rare violence et d’une sublime irrévérence, et fait montre d’une poésie épousant le réalisme merveilleux cher à la … Continuer la lecture de « L’Ombre animale de Makenzy Orcel, ou la violence d’« ici » »

Si le soleil se dérobe de Nicole Dennis-⁠⁠Benn, une quête de liberté

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Née et ayant grandi à Kingston en Jamaïque et installée à New York aux États-Unis dès sa dix-septième année, Nicole Dennis-⁠Benn connaît intimement le bouleversement que peut créer une situation d’exil volontaire[1]. Elle s’inspire quelque peu de son expérience singulière pour nourrir la psyché de sa protagoniste principale en Patsy, un roman que l’on retrouve en français sous le titre Si le soleil se dérobe grâce à la traduction de Benoîte Dauvergne. Ainsi l’héroïne éponyme de Patsy s’envole également pour New York mais ne bénéficie, en revanche, ni d’un permis de travail ni d’un statut légal de résidence permanente pour ce faire. Son départ n’est d’ailleurs pas sans conséquences pour les sien·nes et, à travers son parcours, Nicole Dennis-⁠Benn nous propose de contempler les notions … Continuer la lecture de « Si le soleil se dérobe de Nicole Dennis-⁠⁠Benn, une quête de liberté »

Deux secondes d’air qui brûle de Diaty Diallo, une colère manifeste

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Dans son premier roman intitulé Deux secondes d’air qui brûle, Diaty Diallo relate, au moyen d’une écriture précise, à la fois poétique et argotique, l’inqualifiable crime de policier·ères demeurant impuni·es par l’État puisque dans l’« exercice de leurs fonctions ». Leur indifférence, leur harcèlement, leur violence récurrente ainsi que ce meurtre, arbitraire, conduit les êtres qui les opposent, des jeunes de banlieue parisienne inlassablement arrêté·es pour ce qu’iels sont et non ce qu’iels font, à la fomentation d’une fulgurante rébellion. Une cruelle déflagration Les « deux secondes d’air qui brûle » contées par Diaty Diallo sont d’abord celles durant lesquelles Astor, se mouvant sur la piste de danse d’une fête de quartier, rêvant d’une relation sentimentale et/ou charnelle avec la belle Aïssa, attendant que son ami … Continuer la lecture de « Deux secondes d’air qui brûle de Diaty Diallo, une colère manifeste »

Nous, les Allemands d’Alexander Starritt, un difficile rapport à l’Histoire

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Dans son deuxième roman intitulé Nous, les Allemands, Alexander Starritt, traduit de l’anglais par Diane Meur, relate le parcours d’un ancien soldat allemand durant la Seconde Guerre mondiale. Il choisit pour ce faire d’imaginer la longue lettre qu’adresse cet homme d’âge mûr à son petit-fils de nationalité britannique afin de lui parler du « vrai courage », une lettre qui traite finalement de mémoire et culpabilité tout en décrivant les atrocités de la guerre, et confronte les notions de responsabilité individuelle et honte collective. Une mémoire oubliée Quand il entreprend l’écriture de sa lettre, Meissner n’a pas vu Callum depuis près de dix-sept mois. Il espère toutefois que son petit-fils n’est pas défait par leur dernière conversation : Callum a exprimé son désir d’« entendre [les] … Continuer la lecture de « Nous, les Allemands d’Alexander Starritt, un difficile rapport à l’Histoire »

Napalm dans le cœur de Pol Guasch, ou comment vivre « libre »

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Imaginant un univers dystopique aux notes mystérieuses, Pol Guasch, traduit du catalan par Marc Audí, traite en son premier roman intitulé Napalm dans le cœur d’une guerre dont on ne sait précisément l’origine, sinon qu’elle tient du bon vouloir d’une autorité souveraine ; elle est alors prétexte de violences sans pareilles et engendre la mort d’innombrables civil·es. En ces circonstances exceptionnelles, le narrateur de cette histoire, défait par son expérience traumatisante, envoie des lettres à l’homme qu’il aime pour se défaire quelque peu de l’invariabilité de sa situation : ces dernières lui permettent d’exprimer tout haut son émotion et son manque, mais aussi sa cruauté et son désir d’émancipation. Une guerre, une violence L’énonciation de Napalm dans le cœur démarre obscurément lors d’un hiver … Continuer la lecture de « Napalm dans le cœur de Pol Guasch, ou comment vivre « libre » »

Open Water de Caleb Azumah Nelson, un hymne à la souffrance noire

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Écrivain et photographe ghanéo-britannique, Caleb Azumah Nelson possède l’âme d’un artiste complet. Il écrit, bien sûr – nombreux de ses textes sont parus dans le magazine britannique Litro –, mais est aussi passionné de musique, des arts visuels, de danse et de photographie. Tout est matière à la poésie selon lui ; c’est en tout cas ce que semble signifier son premier roman paru au mois de février 2021 chez Viking Books, paru en ce mois d’août 2022 aux éditions Denoël grâce à la traduction de Carine Chichereau[1]. Open Water offre en effet un conte contemporain dans lequel se mêlent lyrisme et musicalité, mais aussi racisme et souffrance. Caleb Azumah Nelson nous y interroge sur la possibilité de l’amour dans un contexte peu propice à tout sentiment positif, … Continuer la lecture de « Open Water de Caleb Azumah Nelson, un hymne à la souffrance noire »

Houston-Osaka de Bryan Washington, une certaine rémission

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D’abord auteur d’un recueil de nouvelles intitulé Lot en lequel il explore les notions d’identité, d’environnement familial, de communauté, de race et de classe sociale[1], Bryan Washington choisit de poursuivre ses obsessions littéraires dans un premier roman, ici traduit de l’anglais par Laurent Trèves, où il décrit la relation amoureuse, sentimentale, sexuelle que vivent deux hommes de race et classe différentes. Il y exploite l’inconfort de ses personnages pour montrer les effets des non-dits sur un couple et s’intéresse en filigrane à ce que signifie vivre « autre » en société et ce que peut signifier pour ces « autres » l’avènement d’une perturbation inéluctable. Une communication rompue L’énonciation de Houston-Osaka démarre par la voix de Benson, afro-américain issu d’une famille de classe moyenne résidant dans … Continuer la lecture de « Houston-Osaka de Bryan Washington, une certaine rémission »