Mise à feu de Clara Ysé, la morsure de l’absence

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Également musicienne et chanteuse, auteure d’un EP intitulé Le monde s’est dédoublé en 2019, Clara Ysé offre en son premier roman une prose mêlant poésie et magie ainsi que douceur et violence, une prose empreinte d’un grand lyrisme par laquelle se révèle son amour pour l’art en général, la musique en particulier. Reprenant en son œuvre intitulée Mise à feu le motif littéraire du feu, un motif qui fait tendrement écho au premier roman de sa mère, l’écrivaine, psychanalyste et philosophe Anne Dufourmantelle[1], elle s’intéresse céans au poids de l’absence sur la psyché d’un être à travers l’histoire de deux jeunes enfants oppressés par cette morsure sévère, un frère et sa sœur choisissant d’avancer ensemble, unis contre l’adversité. Une « vie en rose » … Continuer la lecture de « Mise à feu de Clara Ysé, la morsure de l’absence »

Rien ne t’appartient de Nathacha Appanah, naître femme, naître entravée

Copyright : Gallimard

Nathacha Appanah reprend en son huitième roman intitulé Rien ne t’appartient de nombreuses thématiques qui lui sont chères, que l’on retrouve dans l’ensemble de son œuvre littéraire. Il est ainsi question ici de la place que l’on donne aux « fantômes », aux souvenirs du passé ; de destins éprouvés, notamment d’une jeunesse maltraitée, délaissée, oubliée ; de l’impact des catastrophes naturelles sur la population qui les subit ; et des rêves, des désirs et aspirations de l’être. Embrassant ces différents sujets en son intrigue, l’écrivaine nous mène à la découverte de la destinée d’une femme sans âge, dont la mort du mari ravive de vagues réminiscences, dont l’histoire violente révèle la cruauté d’un lieu où l’on ne peut penser dévier de l’opinion politique imposée par … Continuer la lecture de « Rien ne t’appartient de Nathacha Appanah, naître femme, naître entravée »

Mauvaises herbes de Dima Abdallah, s’épanouir dans l’adversité

Copyright : Sabine Wespieser

Dima Abdallah est une écrivaine franco-libanaise née au Liban en 1977, installée en France dès 1989, l’année de ses douze ans. Son parcours singulier, terreau d’une culture métissée, n’est pas sans rappeler celui de l’héroïne principale de son premier roman intitulé Mauvaises herbes. La jeune fille, puis femme, que l’on suit de ses six ans à l’âge adulte, connaît les heures les plus sombres de son pays natal avant de s’envoler pour Paris elle aussi, laissant derrière elle son père. Un dialogue rompu Mauvaises herbes commence ainsi en 1983 à Beyrouth. La narratrice première de l’histoire est une fillette entourée de ses condisciples à l’école. Au loin, les détonations se font entendre : d’abord tout doucement, tel un bruit de fond ; puis … Continuer la lecture de « Mauvaises herbes de Dima Abdallah, s’épanouir dans l’adversité »

Des diables et des saints de Jean-⁠Baptiste Andrea, l’enfance dans ses moments les plus durs

Copyright : L'Iconoclaste

Jean-⁠Baptiste Andrea, écrivain, scénariste et réalisateur né en 1971, est désormais l’auteur de trois romans dans lesquels il s’intéresse chaque fois aux traumatismes de l’enfance. Le protagoniste principal de Ma reine (L’Iconoclaste, 2017) est un garçon dit « différent », en difficulté, que ses parents choisissent de placer en institut. Celui de Cent millions d’années et un jour (L’Iconoclaste, 2019), bien qu’adulte, est marqué par ses « monstres », sa vie de famille d’antan et ses relations avec autrui. Celui de Des diables et des saints (L’Iconoclaste, 2021) est un pianiste espérant l’avènement d’un miracle, défait par son passé. Jean-⁠Baptiste Andrea poursuit ainsi avec ce troisième roman son entreprise littéraire singulière. Une lettre ouverte Joe, soixante-neuf ans, se produit tous les jours dans l’ignorance du plus … Continuer la lecture de « Des diables et des saints de Jean-⁠Baptiste Andrea, l’enfance dans ses moments les plus durs »

Un jour ce sera vide d’Hugo Lindenberg, ou la futilité de toute chose

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Un jour ce sera vide porte en épigraphe la citation suivante de Nathalie Sarraute : « Ce bruit soudain de l’eau dans ce silence suspendu, ce serait comme un signal […]. »[1] Si Hugo Lindenberg choisit cette phrase tirée du cinquième tableau de Tropismes[2] en tant que paratexte de son roman, c’est qu’elle coïncide parfaitement avec son projet d’écriture. Le primo-⁠romancier crée ici un univers dans lequel de nombreux éléments de ce tableau apparaissent en tant que motifs de son œuvre ; parmi eux, le vide, le silence, le « froid soudain » et les méduses. Il reprend en outre des marqueurs importants du texte de Sarraute au sein de son intrigue, comme la temporalité estivale, ce dégoût indicible provoqué par une manifestation extérieure à soi et la présence … Continuer la lecture de « Un jour ce sera vide d’Hugo Lindenberg, ou la futilité de toute chose »

Chavirer de Lola Lafon, ne plus être en équilibre et basculer…

Copyright : Actes Sud

Écrivaine et musicienne française née en 1974, Lola Lafon s’intéresse dans ses écrits aux notions de viol et de consentement. Elle explore notamment ces questions dans ses romans Une fièvre impossible à négocier (Flammarion, 2003) et Nous sommes les oiseaux de la tempête qui s’annonce (Flammarion, 2011). En cette rentrée automnale 2020, l’écrivaine revient sur le devant de la scène littéraire avec un nouvel ouvrage embrassant ces sujets intitulé Chavirer. Fine connaisseuse des milieux artistiques – elle-même chanteuse et danseuse, de classique et contemporain, depuis son plus jeune âge[1] –, Lola Lafon révèle l’envers des décors pailletés au moyen d’une anti-héroïne victime d’un engrenage inqualifiable. Cette femme, que l’on suit de son adolescence à l’âge mûr, est observée sous le prisme … Continuer la lecture de « Chavirer de Lola Lafon, ne plus être en équilibre et basculer… »

L’Enfant céleste de Maud Simonnot, ou l’unicité de l’être

Copyright : L'Observatoire

S’il est dit qu’être « différent » est une force, il n’est pas moins vrai que cette singularité se révèle, à bien des égards, difficile à vivre au quotidien pour l’être concerné. Maud Simonnot, écrivaine française née en 1979, traite avec délicatesse de cette question dans son premier roman intitulé L’Enfant céleste, une parution des éditions de l’Observatoire. Elle choisit céans de montrer l’inconfort au monde d’une mère et son garçon de dix ans. Ces deux êtres sont du reste émerveillés par la trajectoire de vie de Tycho Brahe (1546-1601), astronome danois connu pour la grande précision de ses observations astronomiques. Une inadaptation au monde Maud Simonnot conte ainsi l’histoire de Mary et Célian, deux âmes que l’on découvre au moment où Pierre décide de … Continuer la lecture de « L’Enfant céleste de Maud Simonnot, ou l’unicité de l’être »

Le Cœur à rire et à pleurer de Maryse Condé, les « contes vrais » d’une enfance guadeloupéenne

Copyright : Robert Laffont

Écrivaine de renom née en 1937, Maryse Condé n’a cessé tout au long de son œuvre littéraire de dessiner le portrait sociétal des Antilles françaises. Ses textes à caractère autobiographique, dont Le Cœur à rire et à pleurer : contes vrais de mon enfance (1999), La Vie sans fards (2012) et Mets et Merveilles (2015), sont particulièrement révélateurs des divisions économiques, sociales et raciales existant en Guadeloupe au cours du XXe siècle. Le Cœur à rire et à pleurer, paru dans son édition princeps au sein du catalogue des éditions Robert Laffont, pose un regard singulier sur cet archipel caribéen pendant les années 1940 et 1950 où Maryse Condé, née Maryse Boucolon, grandit entourée des siens, la dernière d’une fratrie de … Continuer la lecture de « Le Cœur à rire et à pleurer de Maryse Condé, les « contes vrais » d’une enfance guadeloupéenne »

Borgo Vecchio de Giosuè Calaciura, un drame annoncé

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Écrivain palermitain né en 1960, Giosuè Calaciura exerce en tant que journaliste pour de nombreux médias italiens. Son premier roman Malacarne (Baldini & Castoldi, 1998) est publié en langue française au sein de la maison d’édition Les Allusifs en 2007, grâce au concours de Brigitte Bouchard, actuelle directrice de la collection « Notabilia », et Lise Chapuis, traductrice de l’italien vers le français. Ce même trio propose ainsi au cours de la rentrée littéraire 2019 des éditions Noir sur Blanc le cinquième roman de Giosuè Calaciura, Borgo Vecchio. L’intrigue de ce roman, construite sur le modèle d’un conte moderne, offre des personnages au quotidien tumultueux, brillants par leur désespoir et leur vie rocambolesque. Des enfances négligées Borgo Vecchio retrace avant tout l’histoire de trois … Continuer la lecture de « Borgo Vecchio de Giosuè Calaciura, un drame annoncé »

Umami de Laia Jufresa, un roman polyphonique sur le deuil et l’absence

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Dans son premier roman intitulé Umami, Laia Jufresa, traduite par Margot Nguyen Béraud pour les éditions Buchet/Chastel, offre le récit de personnages éprouvés par la vie. Ces derniers ont la particularité d’habiter des logements dont le nom correspond aux saveurs détectables par la langue humaine, une spécificité que l’écrivaine emploie pour traiter des thèmes difficiles que sont la mort, la perte et l’absence. Une carte des saveurs atypique Laia Jufresa invite en effet ses lecteur·rice·s à découvrir le quotidien de personnages au passé douloureux installés dans une cour privée comprenant cinq habitations superposées sur la carte de la langue humaine. La disposition des maisons Acide, Amère, Salée, Sucrée et Umami est de sorte la même que celle des parties de la langue qui peuvent … Continuer la lecture de « Umami de Laia Jufresa, un roman polyphonique sur le deuil et l’absence »